Retour d’expérience sur un concours gagné! Et j’ai appris un mot « héroisation »

Hello!

Ce post n’est comme d’habitude. Bien sûr, je parlerais d’écriture et j’aborderai ma nouvelle « Ecrire au loin, mourir ici » qui a gagné le concours: « Nouvelles avancées » en mars 2016 et du plaisir que j’ai ressenti à broder avec l’histoire. Mais, à la fin de cet article, je ne résisterai pas à l’envie de faire polémique avec une réflexion: « la plume versus la muse, qui doit être primée« ? Et j’ouvrirais sur cette tendance à « l’héroisation » des auteurs (et pas que) par les médias.

Mais surtout je voudrais commencer par partager avec vous ma grande joie d’avoir gagné, jeudi, le 1er prix du concours « Nouvelles avancées » ^-^ (merci aux « coupains » qui m’ont soutenue pendant l’attente interminable! 3 heures de blabla!). J’ai donc gagné La Croisière du Savoir offerte par Sciences et Avenir. Merci à Laurence, Dominique et toute l’équipe! Je suis super contente! Et le mot est faible… La meilleure façon d’illustrer ma joie est dans l’itinéraire ci-dessous:

croisière du savoir
Avec au passage: Le Stromboli, Vulcano, Pompei… Des volcans, des sites antiques, le tout sous le doux soleil du Sud de l’Italie (oui, pas la Grèce comme je l’ai annoncé bêtement sur Facebook :p) Et pour s’occuper entre deux étapes: des conférences d’Hubert Reeves, de Yves Coppens, d’Axel Kahn et bien d’autres… Alors pour une grosse geek, ancienne physicienne, passionnée par tout ce qui touche aux sciences, c’est juste le rêve!  Et pour couronner le tout, j’ai un billet pour mon chéri aussi ^-^ Bref, happy!

Le concours « Nouvelles avancées« , pourquoi vous devez le faire l’année prochaine

Maintenant, parlons du concours:  « Nouvelles avancées« .  Ce concours est organisé par l’école ENSTA Paris Tech avec des partenaires prestigieux (généreux 😉 comme EDF, Sciences et avenir, Univers Science, le CEA (Merci pour la croisière!!), la Fondation Paris Tech, etc. (la liste des logos ici). Des maisons d’édition comme Actes Sud et l’Ecole des lettres sont associées mais de manière moindre, ils offrent des livres. Donc, oui, ce n’est pas un concours commandité par un gros éditeur qui donnera lieu à parution dans une prestigieuse collection (la nouvelle sera éditée quand même ^-^). Mais c’est un concours avec une équipe amoureuse des histoires cachées derrière la science. Ne vous inquiétez ps! Vous n’avez pas besoin de vous appeler Sheldon et d’avoir un doctorat pour y participer! On parle de biographie, d’uchronie, de SF, etc. Bon, et si vraiment, l’année prochaine, vous séchez sur un point technique, contactez-moi, je vous aiderais! Enfin, ce concours offre des prix magnifiques comme aucun autre. Jeudi soir, ils ont distribué des chèques (géants, :D) allant de 500 à 3000 euros. Bref, ça met du beurre dans les épinards d’un pauvre écrivain.

Mais surtout, un concours est un concours. Le plaisir d’aller à une remise des prix et de s’entendre dire qu’on a adoré votre histoire, ça vous remet le cœur à l’endroit! Soit dit en passant, le jury n’était pas composé que de savants mais aussi de grands biographes des sciences et notamment au passage d’un prix Goncourt. Les présidents étaient: Jérôme FERRARI (écrivain Goncourt) et Étienne KLEIN (écrivain des sciences) et les membres:  Françoise BALIBAR (biographe) Hugo BORIS (scénariste/réalisateur) et Guillaume LECOINTRE (écrivain des sciences)

J’ai énormément accroché intellectuellement avec Guillaume Lecointre qui a d’emblée attaqué le débat (cette interminable table ronde avant la remise des prix et le buffet, le gremlins a failli mourir! 😉 avec l’idée à contre courant qu’il n’y a pas de génie transcendants juste une héroisation de certains talents scientifiques qui auraient pu tomber dans l’oubli dans un autre contexte. Par exemple, Einstein a bien failli ne jamais faire d’étude tant il était inapte! Bref, je vais lire ses bouquins fissa, j’ai déjà acheté son Uchronie « Descendons-nous de Darwin« .  Sinon, je n’ai pas pu grappiller une minute à notre cher Goncourt Jérôme qui était harcelé de petits étudiants qui voulaient des dédicaces. 😉 Bref, un grand moment un peu fatiguant mais… à tenter l’année prochaine, non de non de mille sabords! Y’a une croisière et des chèques à gagner! Tous ces braves gens amoureux des lettres vous attendent!

Cette histoire qui a enfin réussit à plaire!

« Ecrire au loin, mourir ici »  se passe à la fin du règne de la terreur, un soir d’été peu avant la chute de Robespierre. Claude Chappe, honnête ingénieur télégraphe est réveillé en pleine nuit par des gardes aux guêtres ensanglantées qui l’entraînent sans lui dire où ils l’emmènent. Pendant le chemin dans les rues de Paris, le pauvre Chappe se remémore sa vie, ses plaisirs, et ses erreurs, la rencontre d’une adorable et mystérieuse brunette à qui il a montré son invention. Finalement, les gardes le conduisent tout droit au Comité de Salut Public et l’abandonnent devant Saint-Juste, le plus jeune des membres de la convention et le plus acharné, au travail et à tuer. Chappe se voit déjà mort. Mais avant, il lui faudra expliquer à Saint-Juste comment on a pu détourner sa grandiose invention: le télégraphe optique, pour falsifier un message en provenance des armées du Nord.

Vous pouvez la lire sur le site de Sciences et Avenir.  Cette nouvelle va être publiée dans un petit recueil, il faut que je demande si j’ai le droit de la partager de mon côté (j’ai fait un joli PDF qui se lit sur tablette et téléphone, dites moi si vous le voulez).

Le jury semble avoir apprécié le tricotage entre science, histoire et invention (je suis à la limite du Steampunk là…). Côté style, un changement radical. L’écriture manga/graphique a été jetée au feu. J’ai voulu écrire une histoire qui pourrait plaire à mon père, car elle se passait pendant la révolution et car, soyons honnête, depuis que j’ai commencé à écrire, je n’ai jamais eu un seul compliment de sa part. Alors, j’ai pris un des Dumas qu’il aimait tant et je me suis plongée dans le livre, je me suis imprégnée de ses mots, des couleurs de ses décors et du goût de ses personnages. Bien sûr, le résultat est loin du grand maître, mais c’est tout de même un grand changement de plume.

Ce qui a également plu au jury, c’est le schisme dans l’esprit du héros, Claude Chappe. Je joue avec le fait qu’il a été Abbé sous la royauté et qu’il est maintenant Ingénieur sous la République.  Deux titres pour deux systèmes politiques et leur propre religion. Les personnages historiques étaient bien travaillés, les détails convaincants. Je le sais, j’ai bossé comme un chien sur les recherches amont et j’ai demandé à Papa, l’historien amateur de me donner des idées puis de tout valider et à Maman, la lectrice intransigeante de tout raturer. J’ai beaucoup aimé la dernière correction que mon père m’a demandé de faire: « Méfie-toi des sourires de Saint-Juste, il ne souriait jamais« . Et là, j’ai compris ce qui se cachait vraiment derrière ce personnage. OMG! J’ai envie de lui écrire un roman maintenant à ce Saint-Juste!

Enfin, je m’égare… Bref, j’ai beaucoup bossé pour quelques 12000 signes. Mais ça a payé. Merci les parents!

Réflexion sur l’écriture, les concours: la plume versus la muse

Au moment du cocktail, après m’être jetée sur la nourriture (trois heures que j’attendais ce moment), je me suis mise en chasse des membres du jury. Alors que je faisais mon admiratrice transie devant une plume scientifique que je connais depuis la Licence de Physique (bref, une star pour moi), il m’a simplement demandé si je pensais que c’était l’idée qui devait être récompensée ou la plume, sachant que de toute façon des éditeurs passeraient sur le texte avant publication. Un peu désarçonnée, j’ai répondu: « l’idée« . Évidemment l’idée! Un concours est là pour permettre à des plumes maladroites de se faire connaître là où toutes les portes de l’édition leur sont fermées.

« Tout à fait d’accord! » m’a-t-il répondu. Sans aucun enthousiasme.

A sa réaction, le message était clair, j’avais gagné mais c’était ma plume qui avait gagné, pas ma muse. D’autres nouvelles avaient de meilleures idées mais les mots ne s’étaient pas révélés à la hauteur. Cela a résonné en moi car j’ai dû abandonner la physique et travailler pendant 10 ans avant d’avoir une plume qui soit un minimum capable d’exprimer ce que je ressentais. Car je venais de rater la mise en avant Amazon, soit des milliers d’euro potentiels, surtout à cause des cinq premières lignes de mon roman « Mira, la bataille de l’eau » (Aparté: je vous en reparlerai de cette erreur monumentale et de l’importance de savoir « tuer ses chéries » pendant la phase de relecture).

Bref, j’étais perturbée car j’étais d’accord avec lui. C’est triste que la plume prime à un concours. Le plus gros cadeau que pourrait recevoir un jeune écrivain serait une formation à l’écriture par un éditeur pro! Si j’avais pu en profiter quand j’avais 20 ans, je n’aurais pas passé 10 ans à procrastiner! (mince, j’ai balancé ma décade!) Mais tout le système éditorial est ainsi fait. Les éditeurs veulent du « prêt à publier« , pas du diamant brut qu’il faut sortir de sa gangue de pierre avant de le tailler pendant des jours. On considère la forme comme plus importante que le fond… Voilà le monde de l’édition aujourd’hui. C’est à chacun de progresser par ses propres moyens, dans l’obscurité et la douleur…

Et lorsqu’un auteur se fraie un chemin dans ce labyrinthe de ronces jusqu’à la lumière, alors on lui fait croire, qu’il est un génie. On raconte à la presse un mythe de « talent inné« , on contribue à répandre la fausse croyance selon laquelle: « l’écriture ne s’apprend pas« , que c’est « un don du ciel » que certaines personnes l’ont ou pas. Notre société française aborde le génie littéraire comme elle aborde le génie scientifique, par « l’héroisation » dont parlait Guillaume, une mise en avant de certains talents parmi des milliers d’autres, en oubliant le travail, l’acharnement, les contingences et la part du collectif.

Bref, je ne suis pas là pour refaire le monde mais je voulais juste partager avec vous ce sentiment: que l’on gagne ou pas, que l’on soit célèbre ou pas, ces histoires que l’on a dans notre cœur, personne ne pourra les écrire à notre place, elles font partie de nous. Notre talent existe, il faut juste le travailler et ne pas le laisser se faner. Il faut cesser de croire que la reconnaissance du monde de l’édition et même les ventes sur Amazon sont un critère objectif qui doit conditionner notre estime de soi et de ce que l’on écrit!

Allez, j’arrête le mélo! Merci d’être arrivé jusqu’ici! Bonne chance et surtout bonne continuation à vous dans vos projets! ^-^


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4 réflexions sur “ Retour d’expérience sur un concours gagné! Et j’ai appris un mot « héroisation » ”

    1. ^-^ merci! je pourrais en mettre en fait car le voyage a déjà eu lieu! Ce post date d’avril 2016 ^-^ Il faudrait que je trouve où remettre les dates car cela prête à confusion!
      C’était génial en tout cas, j’ai vu des volcans et je garde un souvenir transcendant de la cime du Vulcano: impression, tout à la fois, d’être au sommet du monde, d’être sur la Lune et d’être à la proue d’un bateau. Le vent, la hauteur, l’abîme…
      J’ai bien aimé aussi le côté scientifique de la croisière avec les nombreuses conférences et les échanges informels avec les conférenciers.
      En tant qu’ancienne étudiante de physique, ce fut magique!
      Je te conseille de participer l’année prochaine au concours!

    2. Ça a dû être super enrichissant ! C’est cool pour toi !
      Je n’ai pas assez confiance en moi pour proposer mes écrits, mais merci de l’encouragement 😉

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