Demon Heart 10. Les âmes se reprochent, le château du traître

Sorayah en écolière devant une mosaique représentant Yggdrasil, l'arbre de vie
© yumeao

DEMON HEART

Acte 2 : Les alliés de l’ombre Episode
10. Les âmes se reprochent, le château du traître

Un roman gratuit de démon / Lire le prologue

 

Karine est venue… Je suis pas toute seule !

Sorayah se dégage des bras de l’égyptien pour se jeter au cou de Karine. Mais la jeune fille l’esquive comme si elle avait la peste. Sorayah s’exclame :
–          Mais !?
–          On t’as pas appris qu’il faut toucher personne ici ?
–          Mais pourquoi t’es là !?

Karine secoue la tête :
–          Juste quelques souvenirs de moi…

L’emo sort un pendentif de sous son tee-shirt à tête de mort. C’est sa mèche de cheveux.
–          C’est grâce à mes cheveux que tu as emporté. Il y a un peu de moi dedans.

Sorayah pleure de joie. Ses larmes rose pâle lavent le sang noir sur ses joues. Elle s’essuie le visage. Son uniforme aussi est tâché de noir. Il est déchiré. Sorayah passe une main dans ses cheveux emmêlés.
–          J’ai pas l’air en forme… Dit-elle.
–          Tu es superbe.

Karine replace le sac sur son épaule.
–          Mais on se barre. Ça tombe en poussière ici.

Sorayah regarde autour d’elle. Les stalactites coulent comme un sablier indique le temps. Lentement mais sûrement.

Lorsqu’ils sortent de l’antre du démon, la caverne s’écroule, d’un coup. Le désert a changé. Le sel s’est mué en sang. Le soleil rouge a viré au noir dans un ciel blanc. L’air est acide, le sol brûlant. Belzébaka a posé ses fesses par terre, pas dérangé le moins du monde. Une ombre tourne autour du chat. C’est une rune noire qui rappelle vaguement un animal. L’étrange animal-ombre en a après Belzébaka. Soudain, des mâchoires claquent. Un chien loup s’extirpe de l’ombre. Il a des yeux noirs sans le moindre blanc. On voit ses côtes, son pelage d’argent est galeux mais il reste superbe dans ce monde puant. De ses babines retroussées s’échappe un grondement terrible. Il bondit sur le chat.

–          Belzé !

Mais le chat ne cille pas. Il lève une patte et sort ses griffes qu’il écrase contre la gueule du chien loup. Une rangée de griffures vertes déchirent son museau. Le loup couine comme un chiot. Il s’enfuit et redevient une ombre sur le sol. L’étrange symbole noir vient se cacher derrière Karine. Le chat range ses griffes. Il se mord la base de ses queues comme si rien ne s’était passé. Sorayah sourit :
–          T’as des puces Belzé ?!

Il ne s’interrompt pas.
–          T’es pas content de me voir, sale bête !?

Il relève trois yeux verts et lumineux vers elle. S’il avait des sourcils, il les froncerait. Karine s’écrie :
–          Tu connais un dragon !

Sorayah se tourne vers Karine :
–          Un dragon ? Belzé ? Comment tu sais ça ?

Karine détourne le regard et met ses mains dans ses poches. Elle marmonne :
–          C’est… Parce que je suis pas tout à fait là. Je vois des choses comme dans une boule de cristal. En enfer, tout le monde sait que les dragons ont les yeux verts. Tu ferais mieux de te demander pourquoi il t’a aidé ? Les dragons n’aiment personne. C’est louche…

Sorayah se souvient de la queue de Belzébaka fuyant dans les ténèbres. Elle soupire :
–          Belzé m’a jamais aimée, il me supporte, c’est tout…

Elle se penche vers le chat :
–          Hein, sale bête ?! Tu m’aurais laissée crever là-bas ?

Belzébaka laisse échapper un miaou discordant. Karine jette un regard jaloux au chat. Elle dit :
–          Même les anges sont coincés ici. Ce dragon, là, il peut sortir quand il veux ! Mais il fera jamais sortir personne !

Elle frappe un tas de sable rouge du pied. Un peu de sable tombe sur le pelage de Belzé mais le chat n’en a cure. Les oreilles de Belzé pivotent vers la gauche comme s’il avait entendu une souris.

*****

Le chat crache soudain et se campe sur ses pattes, oreilles en arrière. Une aura électrique approche à toute vitesse. Un vent violent oblige Sorayah à tenir sa jupe. Une tornade de sable lui pique les yeux. Lorsqu’elle les rouvre, une ombre se découpe dans le ciel aveuglant. Des griffes se tendent vers elle. Sorayah est emporté. Le temps de comprendre, elle est déjà au milieu du désert, loin de Karine, de Belzé, de Galadriel et de l’égyptien.

Seule avec un démon.

L’instant d’après, elle est déposée à terre, sans violence mais sans douceur. Sitry la surplombe de toute sa hauteur. Il dit :
–          Tu étais aussi acculée que la proie face au lion et tu ne m’as pas appelé…

Il serre les poings et se mord les lèvres de ses crocs de panthère. Un filet d’or coule de sa bouche. Il l’essuie d’un revers de la main. Il murmure une incantation dans un langage rauque, un langage qui semble venu de l’époque où les hommes avaient peur de la nuit.

Une rivière d’or se forme autour d’eux. Des hautes murailles de granit blanc se battissent par magie au milieu d’une prairie. L’herbe est fraîche sous les doigts de Sorayah. L’air embaume de mille parfums raffinés.

Sitry darde ses yeux d’or sur Sorayah. Des yeux presque humains. Ses ongles, ses oreilles et ses dents sont parfaits. Il a troqué ses bijoux de rappeurs des années 90 contre une tunique de lin. Il paraît enfin humain, exceptée les quatre fines cornes dorées qui forment une couronne sur sa tête.

On dirait un prince devant son chateau…

–          Rejoins-moi quand tu seras décidée. Dit-il en se dirigeant vers son palais.

Il gravit des marches de marbre et franchit des portes d’or aussi ouvragées que de la dentelle.

Sorayah est soudain entourée d’hommes et de femmes qui se pressent autour d’elle. Ils portent des robes de mages ou de princesse, des collants de courtisans, des costumes berbères, des kimonos de samouraï… Tout le luxe de mille pays et de milles époques. Un vieil homme en toge de sénateur romain se penche sur Sorayah. Il place ses mains sur les joues de la jeune fille. Il plonge son regard ancien dans le sien. La jeune fille sent sa vigilance s’altérer.

Il me fait quelque chose

L’homme dit :
–          C’est bien le Silmarils que le maître cherchait…

Il lui sourit d’un sourire de vieillard, sans dent :
–          Suis-moi bijou de foi et de feu, le maître t’attend.

Il aide Sorayah à se lever comme si elle était une princesse. Il l’accompagne jusqu’aux portes d’or. Trois belles fées parées de voiles de toutes les couleurs entraînent Sorayah dans le palais. Elle s’empressent autour d’elle. Elles rafistolent sa chemise en lambeaux avec de la soie magique. Elles la nettoient et la soignent de leurs mains fraîches. Les dernières douleurs de Sorayah s’effacent.

Sorayah traverse un couloir digne des palais de Rome. Le sol est pavé d’or. Des colonnes de marbre rose soutiennent de hautes arches. Une fresque au plafond représente une terre de saphir, de rubis et d’émeraude dans un ciel d’or et d’argent. Sorayah s’arrête pour regarder. C’est superbe. Mais les fées la poussent à avancer.

La voix de Sitry résonne comme le tonnerre roule sur l’océan :
–          Qu’est-ce que tu attends pour me rejoindre ?

Il apparaît devant elle, assis sur un immense trône de velours argenté. Il a posé un pied sur le siège et s’est avachi contre l’accoudoir avec le menton dans la main, comme un gamin qui refuse de s’asseoir correctement. Les fées viennent s’agenouiller au pied du trône. Sitry sourit à Sorayah avec assurance. Seul un petit croc de panthère dépasse de ses lèvres d’humain.
–          Qui sont ces gens ? Demande Sorayah alors que la foule s’entasse autour du trône.

Il jette un regard fier aux âmes autour de lui et dit :
–          Mes vassaux. Mes alliés. Mes protégés.

Il se penche en avant pour la regarder droit dans les yeux. Sorayah a peine à soutenir son regard d’or. Il dit :
–          Je suis leur seigneur, je pourrais être le tien.

Sorayah détourne le regard. Elle croise les bras sur sa poitrine. Elle demande :
–          Où sont mes amis? Pourquoi les monstres veulent me bouffer ? C’est à cause de cette histoire de silmarils dont le vieux a parlé ?

Elle relève la tête vers Sitry. Il éclate de rire :
–          Tu es venue corps et âme en enfer ! Bien sûr que tous les démons veulent te dévorer ! A quoi t’attendais-tu ?

Sorayah ouvre de grands yeux :
–          Tu veux me manger toi aussi ?

Il reprend son sérieux :
–          Si je l’avais voulu ce serait déjà fait. Ne t’inquiète pas, je veux juste te protéger. Tu es précieuse à mes yeux. Viens…

Il lui tend la main et se décalle pour libérer une place sur son trône tout près de lui. Il a plus que jamais l’air d’un prince. Sorayah sent son cœur battre la chamade. Elle s’approche du trône. Le sourire de Sitry grandit sur ses lèvres.

Bruit de verre qui se brise.

Sorayah sent le sol trembler. Elle baisse les yeux. Le sol vient de se fendre sous ses pieds. Il est devenu entièrement noir. Non, le sol est transparent. Il donne sur l’obscurité des catacombes du chateau. De la vermine grouille dans l’ombre du souterrain. Trois hommes sont enfermés dans les cachots. Leur peau parcheminée et grise est couturée de blessures d’où coulent un sang de saphir mêlé de pétrole. Deux d’entre eux sont avachis sur le sol. Ils sont couverts de chaînes d’or. Mais le troisième s’est libéré de ses chaînes. Il se tient debout, la main tendue vers Sorayah. Il y a une aura bleue dans sa main. C’est lui qui a fendu la vitre. Il regarde Sorayah de ses trois yeux entièrement bleus.

Il s’enflamme soudain dans un brasier d’or.

La vision disparaît. Seul persiste le cliquetis des chaînes d’or. Les fées accourrent vers Sorayah. Sorayah baisse les yeux. Les fées portent des chaînes aux pieds. Toutes les âmes dans la salle du trône portent des chaînes d’or aux pieds.

Sorayah recule d’un pas. Elle lève un regard effarée sur Sitry. Il ne dit rien mais un sourire méprisant passe sur son visage. Il fait un geste de la main vers Sorayah. Elle se cache le visage pour se protéger d’un coup.

Mais rien. Lorsqu’elle rouvre les yeux, elle est sous une voûte de cristal qui donne sur un ciel nocturne. Une pluie d’étoiles filantes s’abat, averse de lumière. Sorayah réprime un cri de surprise. Sitry dit :
–          Ce sont les âmes qui tombent en enfer.

Il est assis, jambes croisées, dans un fauteuil de rotin tressé, comme on en trouve dans les vérandas bourgeoises. Des orangers distillent un parfum délicat. Ils sont seuls. Sitry montre l’horizon du doigt. Un arc en ciel apparaît soudain dans la nuit. Son éclat estompe les étoiles filantes. Il ne dure qu’un instant et ne se reproduit pas. Il dit :
–          Et cette traînée de couleurs, c’est une âme qui retrouve enfin le chemin des limbes après des centaines, des milliers d’années de souffrances. Tu comprends jeune fille ? Tes chances de ressortir sont aussi infimes qu’une goutte de sang dans l’océan.

Il a un sourire arrogant et mesquin qui la met hors d’elle. Sorayah serre les poings.
–          J’y arriverais, je me battrais !
–          Seule ?

Son rire est comme le rugissement d’un lion. Sorayah secoue la tête.
–          Je suis pas seule.

L’image de l’égyptien apparaît dans son esprit.

 Il va m’aider. Il l’a déjà fait.

Sitry sourit largement. Ses crocs sont maintenant clairement visible. Sur sa tête, ses oreilles de panthère pivotent comme s’il cherchait à repérer un son. Il dit :
–          J’ai autre chose à te montrer.

Le ciel s’embrase de flammes d’or. Le parfum des orangers est remplacé par l’odeur sèche et minérale du désert.

********

La chaleur de l’enfer frappe Sorayah. Elle est au sommet d’un immense mur de pierre en créneaux.
–          Ce sont les remparts de mon château, dit Sitry.

Le démon est assis sur un des créneaux. Ses cheveux bleus nuit volent autour de son visage. Sa tunique de lin claque dans le vent. Il se penche au dessus du vide. Il siffle pour attirer l’attention de quelqu’un en bas. Le vent apporte une réponse :
–          Sorri !!!

Sorayah se précipite pour se pencher entre deux créneaux. A des centaines de mètres plus bas, Galadriel a le visage tourné vers le ciel. Elle tend les bras vers Sorayah :
–          Sorri !!

Elle semble si petite vue d’en haut. A ses côtés, l’égyptien frappe la muraille de ses poings comme un enfant frappe une porte qui refuse de s’ouvrir. Karine est quelques pas en retrait, immobile, elle regarde vers le désert. A ses pieds, il y a l’ombre-rune qui peut se transformer en chien. Le chat, lui, n’est nulle part en vue.

 Belzé m’a déjà abandonnée

Un peu plus loin, la rivière d’or délimite le territoire de Sitry. Derrière, des démons immenses, à la chair rose et aux yeux rouges tendent leurs bras, leurs tentacules, leurs gueules au dessus de la rivière pour atteindre les trois petites silhouettes. Ils ne peuvent pas.

Une voix murmure à l’oreille de Sorayah :
–          Ils ne risquent rien ici. Je leur ai ouvert la porte de mon royaume. Il ne sera pas dit que je laisse tes serviteurs en proie aux feux et aux crocs de l’enfer.

Sitry s’est téléporté près d’elle. Il tend son doigt vers le bas et dit :
–          Tu comptais pas sur lui, j’espère ?

Le garçon au couteau s’est écroulé à genoux, le front appuyé contre la muraille. Le désespoir de l’impuissance… Sorayah sent son cœur se glacer. Sitry a un sourire torve :
–          Dis-moi Sorayah… Ces insectes qui rampent sous mes murs, qu’est-ce qui m’empêche de les écraser ?

Sorayah le regarde, surprise. Un éclat cruel et violent brille dans ses yeux de panthère. Il n’a plus rien d’un prince.

C’est vrai. Ce n’est qu’un démon. Un immonde démon comme tout les autres.

Sorayah a envie de pleurer. Sitry ricanne :
–          Dis-moi petite humaine, qu’es-tu prête à donner pour les protéger ? Qu’es-tu prête à donner pour délivrer ton frère ?

Parce que les règles sur terre ont toujours été claires, celles de l’enfer ne peuvent pas être différentes. Sorayah demande :
–          Tu veux quoi, démon ?

Sitry sourit de son sourire animal. Il se penche vers elle :
–          Je veux mon Silmarils, le bijou de foi et de feu qui ornera ma couronne.

Il désigne le cœur de rubis de Sorayah, qui brille dans sa poitrine.

 « C’est le Silmarils que le maître cherchait… »

Elle recule. Son regard erre sur la tunique de Sitry.

 Un Silmarils ? Un bijou ? Où sont passés tous ses bijoux ?

L’image des fées aux chaînes d’or revient hanter Sorayah. Sitry s’approche encore pour dire à mi-voix :
–          Il suffit de faire un pacte…

Sorayah s’écrie :
–          Tu veux mon âme !
–          Ton âme, ton cœur, ta force. Je veux tout !

Il avance une main pour toucher son visage.

Elle le repousse à deux mains. De ce bref contact, elle n’a qu’une vision :

Baêl.

L’immense araignée rie avec l’arrogance de celui qui a vaincu un ennemi. Il la domine de toute sa hauteur. Elle est à genoux devant lui. Elle sent son sang d’or couler de ses plaies. Il y a du sang d’or sur les chélicères griffues qui sortent des trois bouches de l’araignée. L’abdomen dilaté de Baêl forme une poche transparente, qui est bourrée de rubis et de saphirs.

 Ce sont toutes les âmes qu’il a bouffées

–          ET IL BOUFFERA TON FRERE !!!!

Le contact est brisé. Sitry a repoussé Sorayah. Une petite perle fond dans la paume de la jeune fille. C’est le souvenir de Sitry qui disparaît dans sa main.

Il s’est battu contre Baêl et il a perdu ?

La rage déforme le visage de Sitry. Il lève des griffes d’or. Il gronde :

–          Ton âme est à moi !


A suivre roman gratuit: épisode 11. Les âmes se refusent, la cité noire

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Commentaire sur l’histoire:
On découvre le château de Sitry. Je ne sais pas si c’est clair mais un démon puissant peut créer son propre monde isolé du monde extérieur. De même, je sais pas si le lien entre les bijoux que Sitry porte normalement et les âmes dans son château est clair?


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