Demon Heart 12. Les âmes regrettent, le reflet du présent

Sorayah en écolière devant une mosaique représentant Yggdrasil, l'arbre de vie
© yumeao

DEMON HEART

Acte 2 : Les alliés de l’ombre
Episode 12. Les âmes regrettent, le reflet du présent

Un roman gratuit de démon / Lire le prologue

Ils marchent sur une route pavée d’or dans le silence absolu. Sorayah ne peut s’empêcher de penser au regard d’Ylan. La rage et la douleur se disputent dans son cœur. Elle a envie de courir pour retrouver son frère plus vite, mais elle a peur, terriblement peur de ne pas être capable de le sauver, peur de le voir, de ne pas savoir comment le soigner… Peur de celui qui les poursuit de ses flammes et de sa haine. Sorayah se retourne sans cesse, inquiète. Sitry dit :

–          Tant que nous avançons sur le chemin, il ne nous trouvera pas.

Le désert a cédé la place à une plaine d’herbes couleur rouille. Le ciel a la couleur du foin séché. La tempête a cessé de les pourchasser. Des hauts piliers de marbre se dressent de part et d’autre de leur chemin. Les colonnes sont brisées en mille morceaux mais leurs morceaux flottent dans les airs. D’autres débris de pierre flottent entre les colonnes et dessinent les ruines d’une ancienne cité. Au-delà de ces remparts brisés, il n’y a rien d’autres que la plaine infinie.

Des rubans indigo virevoltent entre les pierres. Ils se chassent, s’emmêlent et se séparent sans cesse. Un ruban vient s’enrouler autour des chevilles de Sorayah. Elle reconnait la silhouette d’un cheval sur le symbole dessiné dessus.

Mais l’ombre-rune surgit du sol. Elle se transforme en un chien loup pelé galeux. Le chien se jette sur le ruban et le déchire de ses crocs. Un hennissement retentit. Le ruban s’enfuit. Karine explique :
–          Ce sont les âmes des animaux qui ont suivi leur maître aux enfers et qui se sont perdus. Ils cherchent un nouveau maître.

D’autres rubans approchent de Sorayah et de Galadriel mais le chien les pourchasse sans répit. Un couinement horrible retentit soudain. Sorayah s’écrie :
–          Arrête !

Le loup tourne deux yeux plus noirs que la nuit vers Sorayah. Il recommence sa chasse.
–          C’est là. Dit soudain Sitry.

Face à eux, dominant le monde, il y a une montagne noire et vitrifiée, un volcan de basalte éteint. Dans le flanc de la montagne, une caverne ouvre une gueule noire. Sitry montre la caverne avec nonchalance :
–          Voici la porte du troisième cercle. Si tu veux retrouver ton frère, il faut descendre. Si tu veux semer ce taré qui nous poursuit, il faut changer de monde.

Karine tombe à genoux, elle s’agrippe à la jupe de Sorayah :
–          Non Yayah ! Je veux pas !

Sorayah se penche sur elle :
–          Karine… Je suis désolée. Je dois aller chercher Ylan. Tu peux m’attendre là si tu veux ?

Elle la débarrasse doucement du sac à dos. Karine s’y agrippe à deux mains :
–          Me laisse pas !

Sitry soupire :
–          Si l’un de vous ne passe pas la porte dans les trois minutes, il ne laissera que des os pour discuter. Le chien de Baêl se rapproche. Il va vous bouffer !

Karine bondit sur ses jambes. Elle attrape Sorayah par le bras et l’entraîne dans la caverne.

****************

Etouffement et nuit.

Encore

Sorayah émerge de l’eau noire. Elle se hisse hors de l’eau. Elle sent la lumière du paradis qui tombe sur ses épaules. Chaude et fraiche à la fois. L’air est doux. Le ronflement de la cascade lui donne envie de dormir. Mais à ses pieds, le sol transparent du lac de verre lui montre l’image du troisième cercle des enfers. A perte de vue, c’est un marécage de boue bleue et d’arbres tordus. Un peu partout, il y a des corps, à moitié décomposés comme des feuilles absorbées par un champignon. Des racines les traversent de part en part, des mousses remplacent la peau, des branches sortent de bouches grandes ouvertes qui ont cessé de crier depuis longtemps. Tout est immobile. Hormis l’égyptien, il se bat contre des lianes qui cherchent à attraper le corps sans vie de Sorayah. Karine et Galadriel ont déjà été capturées. Sorayah réprime un cri d’horreur.

Elle croise le regard de Sitry. Il est debout au milieu d’une clairière. Aucune plante ne l’attaque lui. Sitry regarde vers le ciel. Il tend une main vers elle. Sorayah pose sa main contre la paroi de verre :

–          Sitry, tu m’entends ? Fais-moi rentrer ! Sitry Al Taïr !

Leurs mains se joignent.

Sorayah reprend conscience dans son corps. L’air est moite et acide. Il brûle les poumons, respirer est une torture. Sitry lui fait face. Il lâche sa main et va s’asseoir sur la souche d’un arbre.

Quelque chose bouge dans le sac de Sorayah. Sorayah l’ouvre. A l’intérieur, une liane coupée se gonfle pour étouffer le toutou d’Ylan. Le lapin se débat. Sorayah arrache la plante. Elle a la consistance d’une guimauve. Avec un cri de dégoût, Sorayah la jette au loin. Dans ses mains, le lapin est redevenu aussi immobile qu’une peluche ordinaire. Alors que Sorayah le range, quelqu’un lui met le manche du couteau sous le nez.

L’égyptien tient le couteau par la lame. Tout autour d’eux, ce n’est qu’un chaos de lianes bleues. Galadriel et Karine sont recouvertes. Karine hurle au secours mais une racine veinée de noir entre dans sa bouche et gonfle pour la faire taire. La mâchoire de Karine se déboîte. Sorayah frémit. Elle saisit le couteau. Elle doit le rattraper au vol. L’égyptien s’est incarné dedans.

Son aura fait grandir la lame. Des hiéroglyphes noirs apparaissent dessus. Le même motif est répété mille fois. Des petits traits précis forment une arête de poisson avec une tête d’oiseau. Une liane saisit le mollet de Sorayah. Elle la tranche nette et se précipite sur Galadriel. Elle libère la dame elfe en quatre coups de couteau. Puis elle se jette sur les racines qui retiennent Karine.

Les filles peinent à reprendre leur souffle. Elles tombent à genoux dans les herbes spongieuses. Sorayah doit lutter pied à pied contre les plantes carnassières. Elle se fatigue et s’écrie :
–          Sitry ! ça ne s’arrête pas !
–          Tu leur fais aussi peur qu’une mouche peut terrifier un lion. Répond le démon avec un sourire moqueur.

Sitry est allongé sur l’herbe, les mains derrière la tête, comme un gamin qui savoure l’école buissonnière. Il la regarde se débattre. Il demande :
–          Dis-moi où tu étais ?
–          Mais on s’en fout ! Aide-moi !!

Il se tourne sur le côté. Elle ne voit plus que son dos et ses oreilles de chat.

Pire que Belzébaka

Sorayah a envie de lui arracher les yeux. Des flammes envahissent son cœur. Des flammes lui brûlent la paume des mains. Une liane essaie de lui attraper le poignet. Elle tombe en cendres. Des flammes dorées se propagent jusqu’au tronc de l’arbre. L’incendie se répand comme la lèpre. Sorayah hurle :

–          Lâchez-moi putain !

Son aura explose. Rouge et scintillante comme un rubis. Un cercle de cendre entoure bientôt Sorayah. Les plantes se recroquevillent hors de portée de sa colère.

L’égyptien est éjecté du couteau. Il tombe à genoux une main sur les yeux comme s’il venait de se faire flasher.

C’est moi qui lui aie fait mal…

 Sorayah s’approche mais il la maintient à distance d’une main.

–          Désolé… Murmure Sorayah.

Elle ne connaît même pas son nom.

–          Je n’en ai pas. Dit le garçon dans son esprit.

Sorayah s’agenouille devant lui. Mais il disparaît. Sitry se tient à sa place. Il s’est téléporté. Il dit :
–          Tu étais où ?

Sorayah bondit sur ses pieds mais il la retient par la main. Elle brandit son autre main, pleine de flammes dorées. Elle s’écrie :
–          Me touche pas !

Il sourit :
–          Tu as plus de chance de réussir à transpercer un dragon avec une des écailles de sa queue. Mais tu es intéressante. Dis-moi où était cette cascade ?

Une perle fond dans la main de Sitry. Sorayah secoue la tête :
–          Entre l’enfer et le paradis, je crois. Tu la connais ?
–          Peut-être, donne-moi ton âme et je te dirais tout !

Ce sourire ironique…

 Sorayah essaie de lui lancer une gifle. Il bondit pour l’éviter. Il fait deux bonds autour d’elle pour la faire enrager. Mais soudain, ses oreilles se dressent. Il serre les crocs :
–          Ils sont entrés dans le troisième cercle. On ne les a pas semés. Il faut avancer.

Mais Sorayah ne bouge pas. Il s’écrie :
–          Il faut avancer ! Nous n’avons pas plus de temps qu’un serpent dans les mâchoires d’une mangouste. Marche, rampe mais bouge !

Sorayah regarde en arrière. La porte des enfers a disparu. Elle demande :
–          Pourquoi on ne coure pas alors ?

Sitry rétorque :
–          Mais pourquoi tu ne me donnes pas ton âme plutôt ?

Sorayah s’enrage :
–          Et pourquoi tu réponds jamais aux questions ?!

Il sourit.

Encore ce sourire…

–          OK ! Si tu veux jouer au con !

Sorayah se laisse tomber en tailleurs.Elle dit :
–          Je jure que je bougerai pas tant que tu répondras pas à mes questions.

Une chaîne apparaît au poignet de Sorayah. Elle essaie de tirer dessus. La chaîne est arrimée au sol. Des symboles de rubis apparaissent sur la chaîne comme des lettres de feu.

Sitry soupire :
–          Les distances ne sont pas ce que tu crois ici. Une âme immobile est comme un pont en enfer, une lumière dans le brouillard. C’est la volonté qui façonne ce monde. Même lentement, un mouvement est toujours un mouvement. Il permet d’apposer ta volonté sur le monde. Et pour ta cascade, elle prend sa source dans l’Achéron, le flux entre l’ombre et la lumière. L’Achéron est le seul vrai territoire des dragons. Tu n’es pas sensée y avoir accès. Je ne comprends pas…

La chaîne disparaît au poignet de Sorayah. Elle est libérée. Sitry lui saisit le bras.
–          Et maintenant, on avance !

*******

L’atmosphère du marais s’adoucie bientôt. Les mares d’eau grise se changent en miroir d’argent. Les arbres grandissent et se colorent. Le ciel prend la couleur profonde de l’azur méditerranéen. Le bruissement des feuilles et les gazouillis des oiseaux recouvrent les gémissements de l’enfer. On en vient à les oublier, comme le chant des grillons les soirs d’été.

Des écureuils gambadent entre les branches et dans la prairie. Sorayah s’approche de l’un d’entre eux. Il se dresse sur ses pattes arrière. Sa queue bouffante se dresse vers le ciel. Il renifle les doigts que Sorayah lui tend. Son petit museau frémit. Ses yeux de la couleur de l’argile rouge. Karine s’approche :

–          Ne le touche pas ! C’est un déguisement ! Il essaie de t’attirer dans un piège. On est dans le cercle des traîtres ici !

–          Cela te va si bien ! Lance Sitry dans un éclat de rire.

Karine le fusille du regard. Sorayah les observe sans comprendre. L’égyptien passe un bras autour de ses épaules pour l’entraîner sur le chemin. Le garçon serre Sorayah comme un marin se raccroche à un morceau d’épave. Sitry s’exclame :
–          Il fouille tes pensées, idiote !!! Tu fais vraiment confiance à n’importe qui !

Sorayah hausse les épaules. Elle pose sa tête sur l’épaule d’Erel. Il lui envoie des pensées apaisantes. Ses mains ont la fraicheur de l’eau dans le désert. Sorayah voudrait se coller à lui, de tout son corps. Mais le garçon panique :

–          Ne pense pas à ces choses-là, je t’en prie !

Il retire son bras de ses épaules.

–          J’aimerais pouvoir te donner un nom… Dit-elle au garçon qui détourne le regard.
–          Appelle-le l’orgueilleux !

Sitry marche sur l’eau à côté d’eux. Sorayah secoue la tête.
–          Il est pas orgueilleux…
–          Si, il l’est ! S’écrie Sitry. Ceux de sa race le sont tous, et c’est le moindre de leurs défauts ! N’est-ce pas, l’Erelim ?

L’égyptien dégaine son couteau et l’arrête à quelques centimètres du visage de Sitry. La lame sans âme vibre sans force. Sorayah abaisse le couteau.
–          Alors je peux t’appeler Erelim ou c’est une insulte ?

L’égyptien pose sa main sur celle de Sorayah :
–          C’est un peuple. Pour une personne, on dit Erel. Tu peux m’appeler ainsi si tu le désires.

Il range son couteau.

–          Sage décision. Lance le démon en reprenant sa marche.

–          Erel… Murmure Sorayah en souriant au garçon.

Sitry se retourne soudain :
–          Dis-moi le muet, quel est ce souvenir qui te colle à cette idiote comme une arapède à son rocher ?

Erel lui jette un regard mauvais. Sitry balaie l’air devant lui comme on fait défiler des pages Internet. Il pointe le doigt sur une page imaginaire et s’écrie :

–          Je sais ! C’est quand elle compare la taille de ses seins dans la glace !

Sorayah pousse un cri d’horreur. Elle bondit sur Sitry pour le faire taire par la force. Mais Sitry l’attrape par les poignets. Son regard se trouble une seconde puis il la relâche. Il serre son poing sur une perle. Sorayah bafouille :
–          Qu’est-ce que… tu as vu ?

Sitry a un sourire pensif :
–          Mon reflet dans ta chambre, la première fois que tu m’as vu.

Sorayah perd toute contenance. Elle le revoie dans le miroir : homme et chat à la fois. Prince et monstre. Sitry pose un doigt sur les lèvres de la jeune fille :
–          Ce que je lis en toi est mon seul espoir.

Le cœur de Sorayah s’accélère. Elle fait un pas en arrière. Il sourit :
–          Tu ne me hais pas Sorayah, tu ne me crains pas. Ce n’est qu’une question de temps avant que tu acceptes de te lier à moi pour l’éternité. Et lorsque j’aurais ta force…

Ses mâchoires se crispent, ses poings se serrent.
–          J’ouvrirai le ventre de cet enfoiré de Baêl, je lui ferais cracher ses entrailles par la bouche, je…
–          Ça suffit, taré !

Sorayah se détourne. Elle tremble de honte devant le regard blessé d’Erel.

Sorayah cherche Galadriel des yeux comme on cherche le pardon d’une mère. Mais Galadriel n’est plus là.

**************

Dans toutes les flaques d’eau, des visages et des paysages apparaissent. Des paysages connus, des visages amis. Sorayah voit son père et sa mère, jeunes et beaux, riant au pied d’un arbre. Elle voit Ylan, âgé de trois ans avec son lapin dans les bras, Aurélien, âgé de 10 ans avec ses grosses lunettes et son nouvel ordinateur. La vision change. Steve et ses potes sont en train de savater Dieujuste à coup de pieds.La vision change encore. Son père est assis sur un fauteuil. Il s’arrache les cheveux. Et dans toutes les flaques, une image apparaît : une chambre d’hôpital. Au creux du lit sur coussin d’air, branchée d’électroniques et de cathéters, il y a sa mère. Inconsciente.

 Je vois l’avenir ? C’est pas possible ! Ça ne peut pas être vrai ?

Sorayah s’avance jusqu’au bord de l’eau, fascinée par la ligne verte qui trace les battements du cœur de sa mère. Réguliers, contrôlés par une machine. Le cœur de maman a toujours si mal battu.

Le clac, clac du respirateur résonne. L’odeur de l’éther envahit Sorayah. Plus rien n’existe que le visage gris et tiré de sa mère.

–          Maman…

Une main se pose sur l’épaule de Sorayah. On la tire en arrière.

–          Mamaaan !!!

Sitry la ramène en arrière. Ses yeux d’or rivés dans les siens, il dit :
–          Il faut partir. Tes cris les appellent.

Sorayah le repousse sauvagement.
–          Ma mère est malade !!!

Sorayah bondit pour partir en courant. Elle ne sait pas où, droit devant, pour remonter par la porte et rejoindre sa mère. Mais Sitry la rattrape au vol. Sorayah sent les pouvoirs du démon couler dans ses chairs pour la contrôler. Elle gémit et le bourre de coups de poings. Il dit avec calme :

–          Reprends-toi… Le roi-démon du troisième cercle est un lâche. C’est lui qui t’a envoyé ces visions pour te faire rebrousser chemin. Mais tu ne peux pas franchir les portes dans l’autre sens. Personne ne le peut. Il n’y a que Cerbère pour décider de ramener une âme dans les limbes ou au paradis.

–          Ma mère va mourir !!!

–          C’est vrai. Répond Sitry. Libère ton frère. Cerbère lui ouvrira la porte du Paradis. Et ils seront réunis.

Le démon relâche Sorayah qui tombe à genoux. Il se tient debout à ses côtés mais il pourrait être sur une autre planète, ce serait pareil. Aucune compassion ne se lit dans son regard. Sorayah perd son souffle. Ses larmes coulent noires et irisée. Elle essaie d’attraper la main de Sitry. Il se recule. Un éclair sauvage passe dans ses yeux de panthère.

–          Ne pleure jamais devant un démon ! Ces larmes… elles me donnent juste envie de te bouffer !

Le démon essaie de la relever de force. Il la lâche comme si elle l’avait électrocuté. Il s’écrie :
–          Nous devons partir maintenant !

Sorayah passe les bras autour de sa poitrine comme on enserre un oreiller. Sa tristesse explose en un cri. Le ciel vire au noir. Une averse leur tombe dessus. Le déluge s’accentue au rythme des sanglots qui secouent sa poitrine. Elle n’a plus de force pour crier. Elle gémit. Dans son sac, quelque chose remue. Le lapin ouvre la fermeture éclair et pointe son museau sous la pluie. Il grimpe sur l’épaule de Sorayah. Ses oreilles lui chatouillent le visage. Elle l’attrape. Il a un petit cœur d’un rouge clair et pur. Le lapin a les yeux tous mouillés. Son petit museau frétille. Sorayah sourit à travers ses larmes et la pluie.

–          Je savais bien qu’il y avait qui se cachait dans mon sac !

Elle serre le toutou d’Ylan dans ses bras. Sitry s’impatiente :
–          Sois tu te lèves. Soit tu me donnes ton âme. Soit le chien de Baêl nous rattrape !

Sorayah secoue la tête. Mais un cri abominable lui fait relever les yeux.

Galadriel vient d’être entraînée dans une mare de boue bleue. Un visage sans yeux ni nez et aux lèvres fripées de sangsue, ouvre la gueule pour mordre Galadriel. Sorayah sent ses cheveux se dresser sur sa tête.

–          Galadriel ! S’écrie-t-elle en bondissant sur ses pieds.
–          Je m’en occupe ! Avance ! S’écrie Sitry en la poussant sur le chemin.

Il bondit dans la mare. D’un coup de griffe, il libère la dame blanche. Mais Karine aussi est en danger. Elle fixe l’eau bleu-gris comme fascinée. Une goule sans visage s’extirpe de l’eau. La goule attrape les épaules de Karine et l’entraîne dans la mare. Sorayah bondit dans l’eau pour la saisir par la taille. Mais Karine lui glisse des mains. Ses cheveux flottent comme une méduse à la surface de l’eau poisseuse. Ses cheveux ! Sorayah les empoigne. Elle sent les fibres gluantes sous ses doigts. Elle tire.

La tête de Karine sort de l’eau avec un cri de nouveau-né. Sorayah la prend dans ses bras.

Un souvenir éclate dans son esprit :

Une masse noire la domine de toute sa taille. Une douleur sans nom lui saisit le cœur. La terreur la submerge, la terreur la plus pure, sans aucune conscience pour l’atténuer. Intenable. Sorayah relâche Karine en hurlant. La petite emo épuisée s’éloigne à quatre pattes. Elle crache la vase de ses poumons. La vase a la couleur du saphir.

Sitry se dirige vers Erel. L’égyptien est accroupi, captivé par l’eau trouble du marais.Les griffes d’une goule pointent à la surface. Sitry flanque un coup de pied au garçon qui bascule dans l’eau. La goule plante ses griffes dans le dos d’Erel et l’entraîne tout entier sous la surface. Sitry s’en lave les mains :

–          L’Erelim servira d’appât. Maintenant, on avance !

Sorayah bondit vers Erel. Mais Sitry la rattrape au vol et la renvoie sur le chemin. Elle roule au sol, se redresse à demi et gronde :
–          Va le chercher connard…
–          C’est si gentiment demandé. Répond Sitry.
–          Je jure sur tous les dieux de ce putain d’univers que t’auras jamais mon âme si tu vas pas le chercher.

Des lettres de feu entourent Sorayah. Elles se gravent sur des chaînes d’argent qui s’enroulent autour du corps de Sorayah. Les chaînes ne cessent de grandir jusqu’à recouvrir son corps entier comme une armure.

–          NON !!! S’écrie le démon.

De la rage passe dans ses yeux. De la peur aussi. Puis le calme.

Il incante un sort. C’est un chant triste, celui d’un cristal qui tinte et se brise. L’eau bleue s’évapore dans une gerbe de paillettes. Seul reste la goule et Erel. La goule a sa gueule de sangsue accrochée au crâne de sa proie. Sitry saute dans la boue. Il tranche la goule en deux. Il attrape l’égyptien par le pied et le jette sur la berge.

D’un bond, il se campe devant Sorayah. Ses pupilles de félin se rétrécissent. Il observe les chaînes disparaître autour du corps de Sorayah. Il lui montre une perle dans sa main. La perle se dissout dans sa paume. Il s’écrie :

–          Tu sais ce que je viens de lire dans l’esprit de l’erelim ? Comparé à lui, je suis aussi innocent que la peluche qui se terre dans tes bras. Et tu nous mets en danger pour lui ?

Il est si proche que la jeune fille peut sentir son odeur : qui oscille entre le musc animal et la fleur d’oranger, comme s’il essayait de camoufler son odeur.

Des hululements de rapaces et de loups retentissent, suivi d’un cri :

–          JE T’AI TROUVÉ PUTAIN D’IFRIT !!!

Une aura violente couche les herbes et broie les arbres à cent lieues à la ronde. Sitry secoue la tête et dit :
–          Mais c’est trop tard maintenant…

Une roue de ténèbres le percute de plein fouet.


A suivre roman gratuit: épisode épisode 13. Les âmes doutent, le message du damné

precedent bouton petit
Début bouton petitfin bouton petit


Commentaire sur l’histoire:
Un petit chapitre pour montrer le sale caractère de Sitry. Mais dans la catégorie tête de mule, Sorayah se pose là! Je me suis bien amusée à écrire ce chapitre. On découvre aussi un nom pour mon deuxième héros. Erel est un garçon spécial.


Me suivre:

300px-Google-_logo facebook_logo_small

Et pour citer la page ou commenter :

N'hésite pas à donner ton avis ^-^