Demon Heart 13. Les âmes doutent, le message du damné

Sorayah en écolière devant une mosaique représentant Yggdrasil, l'arbre de vie
© yumeao

DEMON HEART

Acte 2 : Les alliés de l’ombre
Episode 13. Les âmes doutent, le message du damné

Un roman gratuit de démon / Lire le prologue

Le choc est assourdissant. Une brume noire envahit le marais. Un grognement. Un loup aux yeux de saphir surgit devant Sorayah. Sa bave noire atteint le visage de la jeune fille. Une présence dans le dos de Sorayah. On agrippe ses cheveux. Elle est tirée en arrière. Les mâchoires du loup claquent dans le vide. Elle essaie de s’échapper et découvre que c’est Sitry qui la retient. Ses griffes se crispent sur ses boucles brunes, il gronde :

–          Ne bougez plus.

Les ténèbres prennent forme devant elle : Un ours, un loup et un aigle. Enormes et monstrueux. Ils reprennent forme humaine. Leurs armures partielles laissent apparaître leur peau pâle, comme s’ils n’avaient pas vraiment besoin de la protection de l’acier. En guise de casque et de cape, ils portent des dépouilles d’animaux morts. Leurs visages sont durs et fiers. L’ours rejette en arrière sa capuche à tête d’animal. C’est un jeune homme avec des yeux rouges et des dreadlocks blanches qui lui tombent à la taille. Ses locks se redressent et se tournent vers Sorayah. Ce sont des serpents, pâles et sans dents, ni yeux. Il a quatre cornes au front qui ressemblent à celles d’un rhinocéros. Sorayah détourne le regard, incapable supporter ses yeux de serpent rouges.

Le loup à ses côtés, a trois cornes qui pointent vers le bas, comme des canines de sanglier. Son visage buriné est marqué de cicatrices. L’homme qui porte une tête d’aigle a un nez crochu et trois cornes semblables à des antennes d’insecte. Ses yeux de saphir semblent plus vieux que le monde.

Sur divers endroits du corps des trois hommes et sur leur armure, il y a le sceau de l’araignée. Et autour d’eux, il y a la puanteur de l’araignée, métallique et organique à la fois. Mais au-delà de ça, il y a une présence plus dérangeante. Sorayah ne saurait pas dire quoi. Mais elle en a le frisson.

–          Ne bouge pas ! Ils te ramèneront à Baêl. Ils te tueront devant ton frère

Les griffes de Sitry se serrent sur la gorge de Sorayah. Un filet de sang coule. Sitry dit :

–          A la seconde où vous bougez, elle fera le pacte. Je vous écorcherai et j’éventrerai votre maître.

Sorayah souffle :

–          C’est vrai…

Tout plutôt qu’être livrée à l’araignée.

–          Il y a quelqu’un d’autre ! Rugit Sitry en regardant autour de lui.

L’ours grince des dents :

–          De quoi as-tu peur, minette ?

–          Pas de toi !!! Mais ne crois pas que tu peux me piéger !

L’ours hausse les épaules. Il fait mine d’attraper quelque chose dans les airs. Une chaîne de saphir apparaît. Il tire dessus d’un coup sec et se tourne vers Sitry :

–          Le maître a un message pour toi.

Puis il va s’agenouiller près d’une mare, la main ouverte, comme un ours qui attend de pêcher un poisson. Ses collègues s’adossent à des troncs d’arbres qui brûlent à leur contact mais n’osent pas s’enfuir.

Un bruit de chaînes retentit. Quelqu’un avance entre les arbres. Sa démarche est bancale. C’est un homme mais il n’a plus rien d’humain. Ses yeux et ses lèvres ont été couturés par du fil de fer. Son nez et ses oreilles ont été tranchés à ras du crâne. Ses bras ont été cousus à son corps comme s’il portait une camisole de force. Ses jambes ont été coupées aux hanches et aux genoux et remontées à l’envers comme les pattes d’une sauterelle. Il est nu. Mais ce n’est plus un homme.

Une chaîne de saphir ressort de son torse et plonge dans le sol comme si elle conduisait au plus profond des enfers.

Il émane de l’homme supplicié une aura qui fait crisser les nerfs. Puissante et fragile à la fois, aussi coupante qu’une flûte de cristal qui se brise au creux de la main. Sorayah se cache derrière Sitry en hurlant.

Parvenue à trois pas de Sitry, le mutilé s’arrête. Il essaie de retrouver son équilibre. Un papier a été bourré entre ses dents brisées, faisant sauter deux fils de suture de ses lèvres. Du sang coule rouge de ses points arrachés. Des larmes coules noires de ses paupières closes de force. Sitry saisit le papier dans sa gueule défoncée. Il lit le message, le relit. Son visage est de marbre. Il parle à mi-voix. C’est une incantation. Il chante le crépitement d’un feu qui vient de prendre. Le papier s’enflamme dans sa main.

Sitry jette les cendres au visage de l’aveugle. Le pauvre homme panique et s’écroule sur ses pattes contrefaites. Au même moment, le jeune ours plante ses griffes dans une goule qui a eu l’impudence de le croire hypnotisé. Il la jette sur la rive d’un coup de patte. Il lui ouvre le ventre, plonge son visage dans ses entrailles grises et lui dévore le cœur. La goule disparaît.

Le supplicié essaie de se relever, retombe, se blesse, encore. Il ne voit plus, n’entend plus, mais il perçoit toujours la douleur. Il la craint. Sorayah sent ses larmes hurler à travers sa gorge nouée. Elle s’avance vers lui pour l’aider. Mais Sitry entoure le cou de Sorayah de ses griffes. Il la retient et la fait tomber à genoux. Il se tourne vers l’ours et dit :

–          Asmodaî le chien, tu diras à ton maître que je garde ce que je suis sûr de posséder. Je ne crois pas en sa parole. Il y a des promesses qui peuvent être brisées.

L’ours essuie ses babines pleines de vase bleu gris. Ses locks se tendent vers la sauterelle de chair qui se débat au sol. Il a un rictus méprisant. Il fait un geste à ses co-équipiers pour désigner tour à tour Karine et le lapin qui est allongé dans l’herbe à quelques pas derrière Sorayah. La peluche fait le mort.

Le loup se jette sur le lapin, l’aigle sur Karine. L’ours sourit à Galadriel.

Karine hurle de douleur. L’aigle a planté ses serres autour de son cœur de rubis. L’ombre-rune s’arrache du sol aux pieds de Karine et se transforme en chien aux yeux noirs. Le chien plante ses crocs dans le flanc de l’homme aigle. Le démon lui retourne un regard froid. Son visage fusionne avec le bec de sa capuche. Son bec noir tranche le chien en deux. Le fidèle animal se déchire comme une feuille de papier. Il redevient une ombre sur le sol. L’ombre-rune se tort en glapissant de douleur.

–          Ici, vieille carne !

Sitry court sur l’aigle, toutes griffes dehors. Une aura d’or se concentre dans ses paumes. Elle a l’éclat du soleil. L’aigle lève ses serres en protection devant son visage. Mais Sitry disparaît soudain. L’aigle regarde autour de lui, s’attendant à voir surgir une attaque.

Mais rien.

Sitry réapparaît derrière Asmodaî. Le démon a attrapé Galadriel dans une énorme patte d’ours. Sitry plante ses griffes dans le dos du démon entre deux plaques d’acier de son armure.

Le temps que l’ours se retourne, Sitry a déjà disparu. Il a laissé quelque chose dans le torse de l’ours : une petite roue de cristal doré qui tournoie sur elle-même en faisant saigner la chair du démon. Son sang coule sombre. En touchant le sol, son sang se change en diamant noirs veinés de rubis. Asmodaî tourne sur lui-même en hurlant :

–          MONTRE-TOI LACHE D’IFRIT !!!

–          Tu n’as pas changé. Tu ne sais qu’aboyer.

Sitry est accroupi sur une branche, comme un chat. Il chante un sort. La roue de cristal explose dans le torse de l’ours. Des racines d’or surgissent du cristal et plongent dans la terre enchaînant le démon ours au sol. Un sceau d’or apparaît autour de lui : c’est un chandelier avec des croix à la place des flammes. C’est le sceau de Sitry.

L’ours rugit. Il tend une main chargée d’aura noire vers Sitry. Mais son aura meurt dans sa main, absorbée par le sceau d’or.

–          J’en ai un ! S’écrie soudain une voix terrible.

Le démon loup tend le lapin au-dessus de sa tête. Il serre le poing autour du corps de la peluche. Le toutou se recroqueville comme Ylan s’est pelotonné contre son oreiller, lorsque Sorayah a décidé de l’abandonner dans sa chambre.

–          NON !!! S’écrie Sorayah.

Je vais le délivrer…

Elle appelle :

–          Erel !!!

L’égyptien bondit à sa rencontre. Il lui tend le manche du couteau et s’incarne à l’intérieur. Sorayah bondit sur le démon loup en poussant un cri de rage. Le couteau vibre dans les mains de Sorayah. Elle le serre de toutes ses forces et abat la lame sur le loup. L’acier tranche le bras du démon. Mais le bras du loup se transforme en tombant. Une brume noire sourde par les pores de sa peau et se transforment en des dizaines de pattes. Le millepatte s’enfuit en tenant le lapin dans sa main comme un chat s’enfuit avec une souris dans la gueule.

Sorayah se précipite pour le rattraper mais le démon tend son moignon de bras vers elle. Des ronces noires jaillissent de son bras coupé. Elles vont s’enrouler autour de la cheville de Sorayah. Sorayah les tailladent de son couteau mais n’arrive pas à les couper.

Erel n’est pas assez fort pour couper ça ?

Le couteau vibre soudain trop fort dans la main de Sorayah. Erel est éjecté de la lame. Les ronces recouvrent le garçon puis s’attaquent à Sorayah. Leurs épines se plantent dans sa chair et gouttent un venin de saphir.

Sorayah est paralysé. Une ronce lui arrache le couteau des mains. La ronce est aspirée par le bras du loup avec un bruit de spaghetti qu’on avale. Le bras se reforme, noir et fibreux. Le loup brandit le couteau avec un rictus hideux sur ses lèvres.

Le millepatte ramène le lapin à son maître. Le loup jette le couteau et attrape la peluche dans sa main noire. Le lapin tend ses oreilles vers Sorayah comme un noyé tend les mains vers une bouée. Mais Sorayah est enchaînée par les ronces qui lui meurtrissent les chairs.

L’homme loup approche de Sorayah. Une grimace mauvaise apparaît sur ses lèvres. Ses babines se retroussent pour montrer des crocs de cauchemar, gigantesques et saignant. Ses yeux entièrement bleus se plissent de rage. Il lève une patte griffue vers le cœur de Sorayah.

Sorayah arrête de respirer.

Mais le démon se fige soudain. Sitry a planté une patte dans son dos. Il extrait son cœur noir, striés de reflets de saphir. Le corps du loup s’efface. Un millier d’âmes rouges se déversent sur le sol en une pluie de rubis.

Sitry jette le cœur au sol et tend de nouveaux ses deux mains vers le démon ours qu’il retient de son incantation. Mais un hululement lui fait tourner la tête. L’aigle fond sur eux depuis le ciel. Les feuilles et les branches volent sur son passage. Il tend ses serres vers Sorayah, grandes ouvertes pour saisir son cœur. Sitry bondit devant elle pour la protéger. Mais il garde une main tendue vers le démon ours. Il continue à chanter un sort, qui n’a qu’un but, retenir le démon le plus puissant. Il ne peut pas se défendre de l’aigle. Le démon en profite pour l’attaquer au visage. Sitry tend une main pour se protéger mais les serres lui coupent les doigts et lui crèvent un œil.

Il essaie de combattre avec ses griffes et ses crocs de panthère, mais le combat n’est pas équilibré s’il ne peut pas utiliser sa magie. Après cent coups de bec et de crocs, Sitry finit par triompher. Mais du sang d’or et de ténèbres s’écoule de ses innombrables blessures. Ses vêtements de prince sont en lambeaux, la plupart de ses bijoux sont éteints. Son œil unique fixe Sorayah.

Il s’est blessé pour me protéger…

Des larmes de rubis naissent dans les yeux de Sorayah. Elle murmure :

–          Sitry…

Il s’approche d’elle sans cesser ses incantations. Il caresse la joue de la jeune fille. Elle entend ses pensées :

–          J’ai besoin de mon Silmarils, j’ai besoin de toi Sorayah…

Mais un cri de rage lui fait tourner la tête.

–          JE VAIS T’ARRACHER LA LANGUE MAUDIT IFRIT !!

L’ours s’est libéré du sort de Sitry.

********

Asmodaî est entourée d’un tourbillon d’aura rouge. Son torse est crevé en plein milieu à cause du sort de Sitry. Son corps se transforme en un immense ours décharné, un zombie de bête fauve. Des écailles recouvrent son corps. Ses quatre cornes grandissent. Il lance une patte puissante vers le corps du vieil aigle. Sa patte s’allonge, se plante dans le corps du démon et arrache un cœur noir. Il fait ensuite un signe étrange avec les mains, comme on imite un animal en ombre chinoise. Il chante un sort sifflant. Le cœur du loup qui avait roulé aux pieds de Sitry disparaît soudain. Le saphir réapparaît dans la main de l’ours.

Asmodaî serre les deux âmes dans sa main comme on brise des noix l’une contre l’autre. Les démons hurlent de douleur. Il les enfourne dans sa bouche. Une lumière de saphir rayonne de sa blessure, qui se reconstitue. Son corps grandit. Sa peau se couvre d’une carapace d’alien, hérissée de pointes aux couleurs changeantes.

Sitry saisit Sorayah par le cou et la tire vers lui.

Il veut ma force… Il veut le pacte

Sorayah sent ses entrailles fondre de terreur. Le démon panthère murmure un sort. Le lapin, Karine et Galadriel réapparaissent derrière lui. Un sceau d’or apparaît dans les airs devant lui et fait barrière devant l’ours aux yeux de rubis. Quatre cornes ornent son front. Sitry cesse son incantation pour gronder :

–          Tu n’as pas franchi de niveau, idiot.

Le visage de l’ours redevient humain. Il a un sourire terrible.

–          Tu ne sais pas pourquoi je suis venu et tu dis que j’ai perdu.

L’ours saisit la chaîne et tire le prisonnier à ses pieds. Le pauvre être s’était pelotonné derrière un arbre pendant les combats. Il se tort pour se relever. Mais il retombe misérablement sur le dos. Il tend son visage couturé vers Sorayah. Il tire sur ses points de suture pour lui dire quelque chose mais ne peut pas. Son aura crisse de douleur.

Des larmes rouges se forment dans les yeux de Sorayah. Le démon ours darde un regard de flamme sur elle. Il dit :

–          Voilà à quoi ressemble une âme damnée. Voilà ce que ce maudit Ifrit te réserve si tu fais un pacte avec lui.

Sitry pousse un cri de rage. Il lance ses griffes d’or vers l’ours mais Asmodaî bondit. Il fonce droit dans le marais en traînant l’âme damnée derrière lui comme on traîne un chien derrière une voiture.

L’aura insupportable du torturé s’efface comme un feu qui se meurt.


A suivre roman gratuit: épisode 14. Les âmes approchent, la promesse d’éternité

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Commentaire sur l’histoire:
Hum… le but est de montrer ce que risque Sorayah et de montrer la cruauté de Baêl. Je sais pas si c’est pas un peu tout much… En fait, c’est très inspiré d’une scène du film d’horreur Jeepers Creepers. En général, je n’aime pas les êtres cousus, démembrés, rafistolés. ça me mets les nerfs à vif.


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