Démon Heart 6. Les âmes s’attaquent, l’antichambre de l’autre monde

Sorayah en écolière devant une mosaique représentant Yggdrasil, l'arbre de vie
© yumeao

DEMON HEART

Acte 2 : Les alliés de l’ombre
Episode 6. Les âmes s’attaquent, l’antichambre de l’autre monde

 Une Histoire gratuite de démon / Lire le prologue

Le verre cède. Il ne craque pas, ne fond pas, il ploie comme un drap de soie emporté par le vent. Derrière, c’est l’ouragan. Un sifflement strident lui perce les tympans. Les ténèbres et la lumière n’en finissent plus de tourner. Elle est aveugle. Son seul repère est cette main qui enserre la sienne et qui lui hurle de ne pas lâcher.

« Je suis ton arme, tu es mon destin. Tu me rendras ma liberté… ».

Sorayah a une vision. Elle voit Sitry al Taïr avant qu’il ne devienne un démon : il ne porte ni cornes au front, ni bijoux. Son visage est humain sans l’être vraiment. Ses yeux sont un peu trop fin et ses oreilles trop longues. Il est entouré de l’obscurité la plus totale. Son corps est presque transparent.

Parce qu’il est faible. Pense Sorayah.

Il tient une boule d’or dans ses mains comme si c’était la dernière chose qui existait dans son monde. La sphère palpite. Il la broie entre ses doigts pour en boire le fluide noir qui s’en écoule.

Sorayah émerge de l’ouragan, au milieu de l’espace. Il n’y a rien sous ses pieds, elle vole comme on flotte dans l’eau. Autour d’elle, il y a autant de miroir que d’étoiles dans le ciel. Ce sont les feuilles d’un arbre gigantesque. Ses racines plongent dans le sol des kilomètres plus bas et sa cime se perd hors du champ de vision de Sorayah. L’arbre est fait d’ébène. Les lichens sur son écorce sombre brillent de reflets d’argent. Leur clarté se reflète sur l’herbe d’une plaine, des kilomètres plus bas.

Dans le miroir face à elle, Sorayah peut encore voir le monde qu’elle a abandonné à travers une fenêtre. Elle aperçoit Karine, terrifiée, qui la regarde à genoux sur la berge de la rivière. Autour de Karine, il y a les étoiles, immortelles. Le bout des doigts de Sorayah est encore dans l’autre monde. Ils apparaissent rétrécis comme vu à travers les lunettes d’un myope. Ses doigts quittent la surface de l’eau. C’est une sensation douce et triste. Elle vient de traverser le miroir. Ses couleurs changent. Le miroir devant elle lui montre un monde en noir et blanc où lumière et ombre ont été inversées. De l’autre côté, Karine est une silhouette sombre dans un ciel blanc constellées d’étoiles noires.

Sorayah repose sa main sur le miroir. Il s’enfonce comme une bâche de plastique mais il ne cède pas.

–          Il ne s’ouvrira plus… Entend Sorayah dans son esprit.

C’est la voix de Sitry. Il lui tient toujours la main. Il lévite près d’elle, flottant dans une eau invisible. Ses cheveux bleus et ses vêtements de prince des mille et une nuit flottent autour de lui. Il a les yeux fermés. Il semble dormir, d’un sommeil d’humain. Une lumière d’or filtre sous ses paupières à la façon du soleil entre les persiennes d’un volet. La lumière dorée s’échappe aussi de ses lèvres entreouvertes.

D’où vient cette lumière ?

Sorayah se rapproche de lui en volant, sans même avoir fait un geste. Sitry ouvre soudain les yeux. Des yeux de fauve doré. Un sourire découvre les canines de ses crocs.

Sorayah a un geste de recul. Mais Sitry tire sur son poignet pour la ramener vers lui. Ses griffes d’or lui tailladent la peau. Elle crie :
–          Lâche-moi !

Une flamme s’allume dans ses yeux d’animal :
–          Ne me fuis pas !

Sa voix est comme une cloche d’airain dans un monde silencieux. Sorayah se sent seule et faible. Elle tire sur la chaîne d’argent à son cou. Elle brandit la croix devant le démon. Un sifflement s’échappe de la gorge de Sitry, un cri entre la rage et la douleur. Il place ses griffes près de la gorge de Sorayah, à ras de sa peau. Il gronde :
–          Ne m’insulte pas !

–          ET TOI NE ME VOLE PAS !!!

Le torse de Sitry explose soudain. Une bête visqueuse sort de son ventre, couverte de sang d’or et d’encre. C’est une main. Elle cherche à saisir Sorayah, mais Sitry la retient de toutes ses forces. Le monstre se transforme en patte d’insecte, hérissée de barbelés. Sitry l’arrache de son ventre. Ses entrailles jaunes viennent avec. Elles tombent vers la plaine grise et se perdent de vue. D’autres mains transpercent Sitry comme des flèches et se tendent vers Sorayah.

–          SON ÂME EST A MOI !!!

Un frisson de terreur passe sur l’échine de Sorayah. Une odeur abominable, de cadavre et de déchet, l’assaille soudain. Elle sent une menace, qui vient d’en bas. Sorayah baisse les yeux.

Une masse noire surgit du sol dans la plaine infinie. Une araignée géante et difforme coure vers eux sur ses dix pattes crochues. Trois grappes de trois yeux brillent d’un bleu aussi lumineux que du saphir liquide : Trois yeux de chat à la pupille fendue à la verticale, trois yeux à la pupille horizontale de crapaud et trois grands yeux innocents d’enfant. Car l’araignée a trois têtes qui couronne son abdomen d’insecte. Une tête de crapaud, une tête de chat et une tête de bébé plus grosse que les deux autres. La tête pouponne et grasse est couronnée de cinq énormes cornes de bison. Sorayah frémit. Sitry souffle :

–          Baêl…

Sa voix flanche. Son sang d’or et de pétrole coule de ses blessures. Il est pétrifié.

Il a peur ?

Sorayah sent la panique l’envahir. Quel est ce monstre qui fait peur à un démon ?

La bouche de crapaud du démon s’ouvre soudain en grand. Une flamboyante lumière bleue s’en échappe. Le démon crache une bave noire, qui se transforme en serpents. Ils se ruent vers Sorayah. Sitry tend ses mains devant lui. Un symbole se matérialise dans les airs comme un bouclier. C’est un double cercle entourant une sorte de chandelier. Le sceau grandit et se complexifie à la manière dont pousse les plantes. On dirait des lianes de cristal doré. A l’intérieur du sceau, les symboles se mettent en mouvement. Juste à temps. Les mains de Baêl se plantent dans le bouclier magique. C’est une explosion de lumière.

L’aura bleue de l’araignée a couché les hautes herbes de la plaine tout autour de lui. Des silhouettes fuient les pieds du monstre, comme les insectes de la prairie fuient sous les pas d’un homme. Mais une onde de choc les expulse soudain au-delà de l’horizon. L’aura du monstre gagne en puissance. Elle frappe Sorayah. L’air est plus brûlant que la chaleur d’un four. L’odeur abominable la fait tousser.

Des lignes de lumière bleue forment un symbole autour de l’araignée : le symbole est fait de deux cercles au centre desquels il y a une sorte d’insecte à quatre pattes. Sorayah sent de l’électricité statique sur sa peau, comme si la foudre était sur le point de tomber.

Un rugissement de fauve fait sursauter Sorayah. C’est Sitry. La rage déforme son visage, bientôt remplacé par la peur. Il se tient la gorge comme on se tient le cœur pendant une crise cardiaque. Il souffle pour se contrôler puis tend la main vers Sorayah :
–          Il faut fuir ! Dit-il.

Mais la jeune fille recule. Sitry se ramasse sur lui-même comme un tigre qui s’apprête à bondir. Il va l’attraper de force.

 Il va me blesser !

Une explosion leur fait tourner la tête. Le monstre a décollé, brisant le sol sous ses pattes. Il se précipite vers eux à pleine vitesse. L’araignée remplit leur champ de vision. Son abdomen distendu brille de reflets rougis, il est rempli de rubis. Sa carapace est boursouflée et noire, elle semble liquide. Des visages se forment dessus, hurlant de rage, de faim, de peur. Sa tête de crapaud se démonte la mâchoire. Pleine à s’étouffer, elle crache des mains baveuses. Les gargouillements emplissent les oreilles de Sorayah. La puanteur s’amplifie à en crever étouffé.

Sorayah se réfugie contre le miroir mais il ne la laisse pas passer. Il ploie comme une bulle de plastique mais ne cède pas. La lumière de son monde se condense autour de la forme de son corps. Les mains de bave noire ne sont plus qu’à un mètre de Sorayah. Elle hurle :

–          ME TOUCHE PAS !!!

Des symboles verts comme des émeraudes se dessinent dans les airs devant Sorayah. La lumière autour d’elle devient aveuglante. Un voile blanc recouvre le monde de silence puis tout devient noir.

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A suivre: chapitre 7. Les âmes se perdent, la traversée de l’Achéron


Petit mot:

Et voilà le grand méchant qui sort de sa tanière! J’ai introduit ici une petite révélation précoce qui prendra tout son sens dans les derniers chapitres. Prochain chapitre, je parle de l’Achéron, j’ai pas mal réinterprété le concept ^-^


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