Poème: Les yeux ne servent pas qu’à voir

Tel un désert avide qui espère renaître
Et de ce gouffre aride: ramper, s’échapper

« Les yeux ne servent pas qu’à voir »
Et je ne sais plus pleurer

Que suis-je devenue, pour ainsi m’enfuir
Fuir le monde, fuir l’immonde
A quoi sert de vivre pour laisser mourir
Les autres
Faire un pas de côté, lorsqu’on me tend la main
Fuir ce que j’étais, pour être sûre du lendemain

« Les yeux ne servent pas qu’à voir »
Comment me retrouver ?

Ne plus rien avoir à apprendre
Ne plus rien avoir à donner
Comment pourrais-tu comprendre ?
Ce que je suis, ce que j’étais
Toi, tu ne me reverras pas
Comment pourrais-je te dire?
Sans même la force d’un sourire
Je me suis enfuie
Ce n’est pas toi, mais mon cœur, que j’ai abandonné
Ce n’est pas toi, mais mon âme, que j’ai ainsi bernée

Et la pierre même, mes larmes a détruit
Et le marbre saigne, d’être froid et meurtri

Tendre brin d’herbe qui repousse le béton
Qui s’efforce sous ses chaînes, de détruire sa prison
Où ses frères furent enfermés
Êtres morts, pas encore nés
Et ses yeux de chlorophylle, se tournent en une prière futile
Il soupire après la pluie
Et la clarté, source de toute vie
Mais l’espoir est déjà mort
Seul l’innocent pleure encore

« Les yeux ne servent pas qu’à voir »
Comment l’ai-je oublié ?


Commentaires:

Un poème qui doit dater de mes 23 ans, je crois. La période où je m’endurcissais à la vie parisienne, où je ne voyais plus les clochards qui tendaient la main et la misère cachée derrière les cartons.   Assez usée pour passer mon chemin sans y penser, mais pas assez formatée pour que mon coeur ne se retourne pas sur celui que je venais de snobber. C’est les rides du coeur qui font le plus mal quand on vieillit.

Ah! Et les geeks vieille école auront reconnu le titre: c’est celui d’une nouvelle d’Isaac Asimov. Un recueil de nouvelles que je vous conseille:



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