akira tetsuo rencontre

Lecture du week-end – Ti’D une nouvelle de l’univers de Mira

Salut!

Pour continuer dans la série du recyclage, voici le texte que j’ai écrit pour le Concours Sale Temps Pour Les Ours ou STPLO. Les résultats sont déjà tombés et je n’ai pas gagné ;_; Mais qu’importe! Le texte sélectionné était très fort et tellement différent du mien que je ne m’étonne pas.

De plus, tout n’est pas perdu car cette nouvelle avait un double usage: introduire ma future saga dans l’univers de Mira. Un roman manga, encore, mais plus orienté Seinen (i.e. histoire de combats pour adulte) que l’histoire déjà publiée, qui était plus dans la romance. Cette nouvelle saga se passe en banlieue parisienne, en 2059, une bande de gamins avec des pouvoirs psychiques se bat pour prendre le contrôle de la zone et se faire respecter de cette société pourrie (découvrir l’univers de Mira). Bref, j’ai eu cette grande idée (volée à un copain Pascal Bléval) de travailler ma back story en consacrant une nouvelle à chaque personnage.

Au début, je voulais décrire la rencontre entre deux personnages important de la saga: Nomad et K’lass, qui sont le mentor et la Némésis de mon héros (Arkanj). Finalement, l’histoire à écrire aurait été trop longue pour le concours STPLO (max 11ksignes). Je suis donc partie sur leur rencontre à tous les trois avec un autre personnage, Ti’D, le plus jeune et pas forcément le plus important. Mais un petit que j’adore.

Je ne vous mets pas la version courte envoyée à STPLO et qui d’ailleurs ne nommait même pas le personnage car ça n’avait aucun intérêt dans un concours de nouvelles. Je laisse donc la version intégrale. Enfin, assez de blabla. Je vous propose de rencontrer Ti’D et de découvrir comment il a obtenu son nom!

akira tetsuo rencontre
ok, c’est pas tout à fait la scène mais bon: AKIRA!!! trop classe cette image *-*

Ti’D

La sirène retentissait depuis longtemps déjà. C’en était presque devenu une berceuse. Ce fut la morsure du froid qui le réveilla : les doigts de sa main droite le faisaient souffrir. Il voulut bouger mais n’y arriva pas. Il prit alors conscience du poids sur lui, de la tiédeur du sol et de l’humidité sur sa peau.

Panique.

Il ouvrit grand les yeux et ce qu’il vit lui arracha un cri. Il était prisonnier entre deux corps sanglant, un bras seul exposé au froid. L’odeur métallique lui donnait la nausée mais il était affamé depuis trop longtemps pour vomir.

Il gémit :

– M’man…

Mais sa mère était morte quand il était tout petit. Image d’un visage couvert de sang, masque figé dans la détresse…

Son ventre gronda, le ramenant à la réalité. Il avait faim de bonbons. Mais pour ça, il devait d’abord sortir. Il força pour ramper de quelques centimètres entre les corps lourds de deux hommes adultes. Cela glissait car les larges quantités de sang n’avaient pas eu le temps de sécher.

Combien de temps j’ai dormi ?

Cette question l’effraya plus que les morts qui l’entouraient.

Il émergea bientôt dans un champ de ruines sur lesquelles s’étalaient, épars, des morceaux de cadavres et des entrailles grumeleuses. Il essaya de faire un pas mais la tête lui tourna. Il retomba à genoux, harassé par cette sirène qui lui martelait les tempes… Il prit enfin conscience des autres sons : le grincement strident d’articulations de métal et les craquements de pierres qui se brisaient sous le poids des monstres d’acier qui approchaient.

Le garçon se tapit entre les gravats et les corps, jetant un œil hors de son abri. Des scintillements trahissaient les coques de métal rutilant des méchas. Le bas de leur corps était caché par le terrain accidenté. Il en repéra trois. Trois machines à tuer.

La peur le fit trembler. Il repensa à tous les cadavres qu’il avait vus, celui de sa mère. La douleur lui brûla la gorge. Une vague de tristesse lui aurait arraché des larmes si ses yeux n’avaient pas été si secs.

Il devait fuir, ces monstres mais aussi ses souvenirs. Alors il se mit à courir, chancelant et trébuchant. Faiblesse ou pas, vertige ou pas. On ne dira pas qu’il n’avait pas essayé de fuir.

Des tirs fusaient à ses oreilles et le rataient de peu tandis qu’il zigzaguait entre les pierres comme son copain « Chef » le lui avait appris. Mais cela ne suffirait pas. Alors il se concentra tout en courant pour rassembler son énergie. Il la sentit couler en lui, bleue et crépitante, et il la projeta pour former un écran dans son dos. Le bouclier n’arrêtait pas complètement les tirs mais il lui donnait le temps de les esquiver.

Le garçon réussit à atteindre une façade de briques encore debout. Il pénétra dans un enchevêtrement de ruines branlantes dont il ne restait plus que le rez-de chaussée. Il reprit espoir. Dans ce labyrinthe, il avait une chance de semer les monstres de métal.

Le sol encombré des débris des étages supérieurs était impraticable. La poussière de pierre lui brûlait les poumons. La douleur martelait son crâne et ses genoux flageolaient. Il devait concentrer son énergie dans ses jambes pour continuer à courir.

Derrière lui, il entendait le vacarme du béton qui explose, broyé par les roquettes que les machines tiraient pour se frayer un passage dans sa direction.

Comment pouvaient-elles savoir ?

Un souffle dans son cou lui fit lever la tête. L’œil à facette d’un drone remplissait son champ de vision. D’autres surgirent, bêtes tournoyantes qui semblaient n’être rien d’autre qu’un œil ailé.

« Chef » lui avait dit un jour que drone voulait dire « abeille ». Aucun d’eux n’avaient jamais vu d’abeilles mais « Chef » savait que c’était des insectes qui produisaient du sucre. Image de la bouille couverte de crasse et de chocolat de son copain. Image de son visage défoncé par un coup qui lui a broyé les os.

Le garçon gémit, se retournant en tous sens. Les drones l’encerclaient mais ne l’attaquaient pas.

– Mais laiche-moi ! Pars !

Les mots se transformaient en sifflements à travers ses dents qui manquaient. Il aurait voulu leur dire qu’il n’était pas méchant, qu’il voulait juste retrouver ses amis, que ce n’était pas juste. Mais les mots lui manquaient, comme souvent. Il se rappela alors le rire hautain de « Princesse », la seule fille parmi eux tous. Souvenir d’un jeu dans la pénombre des souterrains près des tuyaux qui tenaient chaud l’hiver. Ils lançaient des dés avant de se dépêcher d’attraper un bâton. C’était un jeu innocent. Alors le garçon s’était laissé aller, s’approchant trop près, abaissant ses barrières. Mais voilà, « Princesse » ne s’était pas coupé ses jolis ongles et elle l’avait griffé en attrapant le morceau de bois. Il se rappela son sourire crispé et ses longs cils qui battaient sur ses joues alors qu’elle fixait l’entaille sur la main du garçon. Dernier fragment de mémoire avant que tout devienne blanc et que seul surnagent des flashs de rouge.

Il voudrait tellement retourner là-bas, à cet endroit, à cet instant… Mais « Chef », « Princesse » et tous les autres étaient morts.

– Non ! s’écria-t-il alors que le sol tremblait à chaque pas des géants qui approchaient.

Un tir défonça le mur qui lui faisait face. Il n’eut que le temps de bondir en arrière, alors qu’un amas de briques et de placo-plâtre s’abattait à ses pieds. Mais l’édifice, ébranlé dans son ensemble, s’effondra sur lui de tous côtés. Il se roula en boule, hurlant, relâchant son pouvoir avec l’énergie du désespoir.

Il avait si peur d’être blessé. Il aurait juste voulu tout oublier.

Son énergie crépitante réduisit les briques et le plâtre en poussière. Il se releva, son pouvoir avait formé un cratère autour de lui. Le sol était jonché de débris. Lorsque l’avalanche fut finie, la terre trembla encore et une ombre s’interposa entre le soleil et lui.

Les méchas l’avaient rejoint. Au-dessus d’eux, les yeux électroniques de leurs drones qui avaient accompli leur mission volaient comme des mouches au-dessus d’un chien en train de crever. Ils approchaient l’un derrière l’autre, trop gros pour passer de front entre les murailles de gravats. Ils faisaient plus de cinq fois sa taille et étaient formés d’une boule de métal montée sur deux pattes articulées somme celles d’un insecte. Leur pas lourd et leur odeur de métal si proche de celle du sang, lui serrèrent les tripes.

Le premier mécha leva les canons de ses tazzers pour le mettre en joue. Le garçon savait que ce qui sortirait de là serait impossible à stopper avec sa barrière. Alors il attaqua le premier. Réflexe. Son aura s’expulsa de son corps comme une bombe. Elle frappa le monstre de métal de plein fouet, lui arrachant les bras et enfonçant son ventre dans un éclat de feu bleu.

Le géant s’effondra en arrière, entraînant dans sa chute celui qui se tenait derrière lui : concert de raclements métalliques qui lui firent grincer des dents. Un liquide noirâtre s’écoulait des fissures du mécha touché, le garçon voulait penser que c’était de l’huile. Mais une large brèche dévoila une main ensanglantée. La main convulsa soudain avant de s’immobiliser.

Pour toujours, il le savait. A l’intérieur, le flic était mort. Il avait encore tué.

Il se rappelait par flash les événements qui l’avaient conduit ici, après qu’ait perlé cette simple goutte de sang sur sa peau. Il revit les copains en train d’exploser tout autour de lui, impuissant. Le visage de « Chef » réduit à l’état de bouillie. Les corps lacérés de ceux qui avaient tenté de se sauver. Les bras arrachés de ceux qui avaient tendu les mains pour le contrer avec leurs pouvoirs, trop faibles comparés au sien. Et enfin, le sang qui coulait des lèvres craquelées de « Princesse », ébouillantée par l’eau surgissant des canalisations brisées.

Il voudrait fuir ces souvenirs qui lui déchirent le cœur. Tout serait plus simple s’il pouvait s’arracher le cœur.

– Abats-le !

L’ordre venait du deuxième mécha. Incapable de s’extirper du poids mort, il tentait de lever ses canons, en vain. Derrière, le dernier géant encore debout ne bougeait pas. Un écran apparut sur son ventre et afficha un visage engoncé dans un casque et couvert de sueur. Sa voix amplifiée par haut-parleur pour couvrir le son de la sirène fit frissonner le garçon : les aigus lui vrillaient les oreilles, les graves forçaient les battements de son cœur.

– Arrête-toi petit, on ne te fera pas de mal ! On prendra soin de toi ! Calme-toi !

Le garçon releva la tête vers le visage dans l’écran. A travers les pixels brouillés, la peur se lisait sur les traits du flic. Le mécha prisonnier hurla :

– Putain, il a déjà tué Fred ! Abats-le !

– C’est qu’un enfant ! Et si je le blesse tout est fini !

– Ne le blesse pas, abats-le ! Tue-le !

Le garçon compris enfin ce que voulait dire ces mots répétés en boucle : « Abaleu, abaleu ». Ils voulaient tous le tuer. La peur laissa la place à la colère, son aura s’amplifia, ses cheveux se dressèrent sur sa tête, crépitants d’électricité statique.

– Oh mon dieu… gémit l’homme qui lui faisait face.

L’instant d’après, le mécha levait ses canons. Alors le garçon leva les mains et son énergie coula en lui comme la pluie ruisselle sur la peau pendant l’orage. Un boulet de feu bleuté s’échappa de ses doigts : pulvérisant la roquette lancée par l’homme encore debout, brûlant vif le méchant « Abaleu » dans sa carapace et finalement explosant le visage sur l’écran, faisant voler l’acier et les viscères dans les airs.

Le sang coulait à travers le métal morcelé. C’est alors qu’il comprit ce qu’il avait fait. Il les avait tués comme il avait tué les copains, comme il tuait tout ce qui l’entourait.

– J’veux pas. M’man… Ch’est pas moi…

Il tomba à genoux.

Tout le monde était mort.

Les copains, la princesse, les policiers.

Tout le monde.

A quoi bon se relever ? A quoi bon tout recommencer pour à nouveau tout détruire ?

Il avait juste envie de mourir, de laisser le froid l’envahir et l’endormir pour l’éternité.

Il se recroquevilla en tremblant, pleurant cette eau qu’il n’avait pas et qui lui manquait tellement.

*******

Il aurait voulu pleurer pour toujours mais il avait faim, terriblement faim. Envie de chocolats et de bonbons. Envie de sucre.

Sucre.

Cela sentait le sucre.

Il rouvrit les yeux. Et alors, il la vit. Une petite perle de couleur rose posée sur l’arrête d’un bloc de béton. Ce n’était pas lui mais la faim qui s’approcha. Il saisit la perle, c’était bien un bonbon. L’explosion de saveur sucrée dans sa bouche lui rendit l’énergie que son pouvoir lui avait volée. Il en repéra un autre, bleu, à demi noyé dans la poussière sur le sol, puis un jaune, à un mètre plus loin, puis deux roses, puis un vert. Les bonbons l’éloignèrent du sang qui avait commencé à coaguler sur les carapaces des méchas.

Il se précipitait, trébuchant sur les gravats, notant vaguement que le sentier de bonbons l’emmenait dans un bâtiment à la porte sombre comme la gueule d’un monstre.

Il s’y engouffra pour découvrir tout un tas de bonbons qui venaient d’être jetés sur le carrelage et qui roulaient encore pour se stabiliser. Il en attrapa une poignée qu’il fourra dans sa bouche.

– Et s’ils étaient empoisonnés ? T’y a pensé à ça, hein ? Débile !

La voix était grave mais s’était brisée dans l’aigu sur la fin. Des rires lui succédèrent.

Il releva la tête. Ils étaient trois. Plus grands que lui mais encore jeunes. Dans la pénombre, c’est à peine s’il voyait leurs visages, juste les formes et la lumière. L’un deux avait les yeux creux et le teint jaune malade, avec un air supérieur qui lui rappela tout de suite « Chef ». Un autre avait le teint très mat et un regard gentil, presque féminin. Le dernier avait une face blanche en forme de lame de couteau avec des yeux argentés et fixe. L’enfant détesta cet œil-là, c’était l’œil d’un fou. Il retourna son attention sur le « Chef » car il avait repris la parole :

– Je te filerais tous les bonbons que tu veux si tu bosses pour moi. C’est quoi ton nom p’tit ?

L’enfant recula, flairant le piège. Mais la question le perturbait. Comment pourrait-il avoir un nom si l’autre ne lui en donnait pas ? « Princesse » l’appelait « Toutou », « Chef » l’appelait « Pote », mais il avait le sentiment qu’aucun de ces noms ne lui conviendrait. Il essaya :

– P’tit ?

L’autre soupira, réfléchit puis dit :

– « P’tit », ça fait pas un blaze qui claque mais bon, t’es un genre de p’tit diable ou de p’tit démon. J’vais t’appeler Ti’D.

– Tid… répéta l’enfant, sans bien comprendre le lien.

Mais il aimait ce mot qui sonnait comme un vrai nom.

– Ti’D, c’est pas mal, lança l’adolescent à la peau basanée et au regard de fille avant de lui sourire d’un air qui inspirait confiance.

Il avait vraiment l’air gentil celui-là. « Chef » aussi avait l’air gentil. « Princesse » faisaient tout pour ne pas en avoir l’air, mais elle l’était au fond.

Et ils étaient tous morts.

A cause de lui, de lui, de lui.

Il secoua la tête en hurlant :

– J’veux pas ! Chef a parti ! A veux pas cha encore !

– La vache ! s’écria le gentil en s’approchant de lui. T’es dans la rue depuis combien de temps ? Personne ne t’a pas appris à parler ?

Mais le chef, retient son copain par le bras, secoua la tête et sortit une arme de sa poche. Ce n’était qu’un petit revolver mais l’enfant érigea sa barrière entre eux. Le troisième adolescent, le silencieux aux yeux d’argent, sortit aussitôt ses pouvoirs. Mais, d’un claquement de langue, « Chef » le fit reculer. Il haussa les épaules en montrant son arme :

– J’connais des gens qui s’font sauter avec leur flingue. Ils savaient pas s’en servir, c’est tout ! J’ten voudrais jamais si t’me pète à la gueule. T’es une arme Ti’D, et moi j’ai besoin d’une arme. Bosse pour moi.

Une demande comme un ordre. L’enfant regarda le visage résolu du chef, il y lit une sérénité dont il avait besoin plus que tout. Il tendit la main :

– Ti’D veut bonbons…

FIN


Et voilà! J’espère que ce petit vous a plu! Dès que possible j’écris les nouvelles liées aux trois autres personnages principaux: Nomad, K’lass et Arkanj (le vrai héros de l’histoire). Puis il me faudra écrire le roman, un projet qui ne cesse de revenir, de me laisser bloquée et de repartir. Lorsque je me lancerais, ce sera en mode free style, j’aurais préparé mon univers, mes persos, mais je ne planifierais pas tout, sinon je vais encore me bloquer!

Bonne chance à vous dans vos projet! ^-^

 


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