doc

Créer un univers de SF: les voyages dans le temps et les paradoxes temporels

Hello!

En tant qu’ex physicienne, qui a été sauvée du royaume des Sheldon par l’écriture, cela fait un bout de temps que j’ai envie d’écrire une série d’article sur la construction d’intrigues de Science-Fiction. Et tout récemment un ami Twitter m’a interpellée avec cette question:

«Je cherche des infos sur les boucles temporelles en tant que procédé narratif : les erreurs à éviter, d’où commencer son histoire…» @JDRWolkyn

Et puis cela tombe bien, la revue Gandahar organise un appel à texte sur le thème des paradoxes temporels pour le 15/03/2017.

OK, on commencera donc par là. Et le challenge est coton! oO Au programme:

  1. L’enveloppe avant le détail. La première question qu’il faut se poser et qui n’est pas scientifique du tout.
  2. Grand-père et univers parallèles. La description des grandes familles de paradoxes et leur déclinaisons en règles narratives.
  3. Un peu de retournage de cerveau: pensez-vous que le temps existe?
  4. Et puis tout ça on s’en fout! Juste un petit rappel de fin sur ce qui est vraiment important, les personnages et l’histoire

docPetite remarque: Dans ce long article, je fais beaucoup de théories échevelées qui peuvent donner des idées d’histoires. Je sais que les écrivains préfèrent en général leurs idées à celles des autres mais si jamais l’une de ces théories vous inspire une histoire, merci de me citer dans les remerciements ^-^ Et si vous voulez une relecture de cohérence scientifique pour votre univers, dites moi! ^-^

Déjà, parlons de l’enveloppe avant le détail

Enveloppe, détails… Les amis scientifiques reconnaitront une allusion à la décomposition de la lumière avec des franges d’interférences 😉 Un phénomène fascinant! Comment ça, c’est trop geek? Ah! Vous allez morfler dans cet article! 😀 Mais je vais rester compréhensible, n’ayez pas peur.

Le principe des dominos

Déjà, connaitre les pièges d’un univers est important mais ce n’est pas le début du travail. En effet, quel que soit votre style, il est nécessaire d’avoir un peu de méthode pour créer son univers, de s’interroger sur ses règles mais aussi sur les impacts sociaux et politiques. Ce qui compte d’après moi, ce n’est pas tant la crédibilité de l’univers au regard de la science mais sa cohérence interne. Je pense que ce qui vient en premier c’est d’établir un postulat que le lecteur devra accepter comme argent comptant. Toutes les lois scientifiques devront dépendre de ce postulat de départ. Puis toutes les technologies, les codes sociaux, découleront de ces lois comme des dominos.

Pour plus de détails sur la méthode, je vous renvoie vers cet article de mon nouveau blog dédié à l’écriture 😉 :

« Création d’univers, ce qui compte vraiment et qu’on oublie toujours »

logo-png-2Le thème avant tout: Commençons par le commencement

Alors ce grand postulat scientifique, comment le choisir? Il doit servir votre thème, i.e. la grande question existentielle à laquelle répondra votre histoire. En effet, le vrai premier piège à éviter serait d’entrer trop tôt dans le détail technique en oubliant le plus important: pourquoi lit-on des histoires? Pour comprendre le monde et les hommes. Ainsi, avant de vous demander comment éviter les paradoxes temporels, demandez vous donc ce que représente un paradoxe temporel dans votre histoire? L’impossibilité de changer le passé? Le bug possible de l’existence?  Quel message voulez vous transmettre à votre lecteur? Exemple:

  1. «Aussi terrible que soit le passé, il ne peut pas être changé, comment apprendre à vivre avec le remord?»
  2. «Le passé ne disparait pas vraiment, ceux que nous avons aimés n’ont pas sombré dans le néant, à quoi bon les venger?»
  3. «Le futur sera ce que nous en ferons, bougez vous le cul!»
  4. «Le futur est déjà écrit, le voir ne signifie pas pouvoir le changer, il faut accepter le destin que dieu nous a tracé»

Vous vous doutez bien que les histoires portées par ces thèmes seront différentes? Et bien le postulat de départ sur le temps en sera radicalement différent aussi! On parle de science-fiction, là! Vous pouvez même décréter que le temps n’est qu’une illusion (ce que je crois fermement) et alors?

Grand-père et univers parallèles

Le problème de la boucle temporelle, c’est le paradoxe qu’elle peut engendrer. Un paradoxe est une apparente contradiction logique, une idée qui heurte le sens commun. Communément, on distingue deux grandes familles de paradoxes temporels et surtout deux grandes familles de pirouettes pour résoudre cette apparente contradiction (Note: cette partie est principalement des copiés-collés de wikipédia).

Un voyageur temporel se projette dans le passé et tue son grand-père avant même que ce dernier ait eu des enfants. De ce fait il n’a donc jamais pu venir au monde. Mais, dans ce cas, comment a-t-il pu effectuer son voyage et tuer son grand-père ? Classiquement en SF, cela entraîne pour notre héros soit de:

  • Se retrouver dans un plan de réalité autre que celui qu’il a quitté et dans lequel son grand père n’a pas encore eu d’enfant (auquel cas le grand père est tué par un « étranger » ) ou bien,
  • Être pris dans une boucle temporelle infinie dans son seul et unique plan de réalité (sorte d’effet Larsen) où il serait sans cesse amené à perpétuer son acte ou encore,
  • Être projeté dans un nouveau plan de réalité où lui-même et tous ses ascendants n’existent pas (ses ascendants appartenant alors à un plan de réalité différent), ce qui le mettrait de fait dans l’impossibilité de perpétrer son acte…

La solution la plus courante à ce paradoxe est l’introduction d’un Multivers. C’est-à-dire qu’au moment où l’acte qui modifie le futur est perpétré, une fourche spatio-temporelle se forme et le héros aura modifié un univers parallèle au sien. La solution du Multivers a l’avantage de résoudre tous les problèmes logiques et même physiques.  Cette solution du Multivers est bien pratique mais je trouve qu’elle n’est pas très intéressante pour un écrivain et pour votre héros. En effet, finalement, tout ce qu’il aura fait sera de pisser dans un violon…Et s’il était au courant dès le départ que rien de ce qu’il entreprendra n’aura d’impact sur son monde, pourquoi aurait-il entrepris un voyage dans le temps? A part si c’est un grand altruiste qui veut venir en aide aux mondes parallèles ou si c’est un historien ou un biohistorien qui recherche des espèces disparues…

Une autre pirouette est de dire: «modifier le passé est tellement grave que vous ne devez pas le faire». Rappelez-vous le Doc de retour vers le futur:

«Cette rencontre créerait un paradoxe temporel dont l’issue engendrerait une réaction en chaîne qui pourrait déchirer le tissu même du continuum espace-temps, provoquant la destruction totale de l’Univers.» «Hypothèse la plus pessimiste, je te l’accorde : le cataclysme pourrait être plus localisé et affecter uniquement notre galaxie.»

rrettour-vers-le-futurAhah! Bref, les paradoxes temporels, c’est pas bien!

C’est toujours une pirouette mais elle peut être intéressante narrativement, votre personnage sera toujours en train d’essayer d’éviter de détruire l’univers. La loose…

Le paradoxe de l’écrivain, appelé aussi paradoxe de la prédestination, est un paradoxe temporel qui décrit la situation suivante : un écrivain s’expédie à lui-même, dans le passé, en utilisant une machine à remonter le temps, un exemplaire imprimé du livre qui l’a rendu célèbre. Dans le passé, il écrit son manuscrit en recopiant simplement l’exemplaire reçu. Le livre n’a donc jamais été écrit, juste recopié. Il apparaît ex nihilo. C’est un paradoxe apparenté au paradoxe du grand-père ; d’une certaine manière c’est exactement la situation contraire.

Le paradoxe de l’écrivain ou  « paradoxe de prédestination », met à mal le principe de causalité : un phénomène devient en effet sa propre cause. On appelle aussi cette situation « boucle de causalité ». C’est une séquence d’événements (d’actions, d’informations, d’objets, de personnes) dans laquelle un événement est en partie la cause d’un autre événement, qui à son tour est l’une des causes du premier événement mentionné. Ce paradoxe ne réclame pas forcément de voyage dans le temps : la prophétie auto-réalisatrice pose exactement le même problème (un événement est sa propre cause), si la prophétie est basée sur une capacité à lire le futur. Un premier exemple de boucle de causalité est l’histoire d’Œdipe. C’est à cause de la prophétie qui annonçait qu’il tuerait son père qu’il a été éloigné de sa famille et que donc il a tué son père sans le savoir. Un autre exemple est dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban : Harry survit à sa rencontre avec les détraqueurs parce qu’un homme a lancé un sort pour les mettre en fuite. Il fait ensuite un saut de quelques heures dans le passé. Au cours de ce saut, il lance le sort qui lui a sauvé la vie. Tout semble cohérent. Sauf que sa mort face aux détraqueurs, entraînant l’absence de voyageur temporel, serait aussi une solution cohérente…

Bon… Celui-ci donne des situations très intéressantes dans un roman, même si je trouve que du point de vue de la logique, il n’est pas carré.

Ce n’est pas un paradoxe temporel mais il existe une autre base physique qu’il faut garder à l’esprit. Un voyage dans le temps peut avoir des conséquences imprévues. C’est l’effet papillon: une petite variation des conditions initiales peut avoir de grandes conséquences dans le futur (la faute aux lois de la physique qui sont parfois «non linéaires»). Plus on revient loin dans le passé, plus il vous sera impossible de prédire les conséquences de votre geste. Qui vous dit que cette abeille sur laquelle vous venez de marcher n’était pas destinée à tuer le dictateur le plus terrible de l’histoire? Et si vous écrasez une musaraigne à l’époque des dinosaures c’est peut la moitié des espèces de mammifères que vous venez de détruire! Méfiez-vous, plus on remonte loin dans le passé, moins il faut interférer avec l’histoire. Et même dans un passé proche, on ne peut connaître les conséquences de nos actes. Amusez vous donc avec cette terrifiante histoire, L’effet papillon.

effet-papillon

  • Conclusion intermédiaire

Bon, à ce stade, vous pouvez vous choisir un postulat et la théorie qui va avec. Car ce qui compte c’est de choisir l’une de ces hypothèses: le grand-père ou l’écrivain. Surtout ne mélangez pas les deux au gré de vos envies!  En effet le paradoxe de l’écrivain est une sorte d’anti grand-père! C’est la base de la création d’univers. Vous pouvez choisir ce que vous voulez mais une fois que le choix est fait, soyez consistant.

Ensuite, vous pouvez vous contenter de dire que la réincarnation de Sheldon Cooper a inventé une machine à voyager dans le temps basée sur la théorie xx. Ou que un accident nucléaire a ouvert une brèche à cause de la théorie yy. Si votre héros a une quête à accomplir, un conflit intérieur à résoudre et que les péripéties sont là pour le faire grandir, le lecteur lambda ne cherchera pas forcément plus loin.

Mais le jury… Peut-être qu’ils voudront un incipit un peu original. Et peut-être que vous même, en bon geek, avez envie de pousser le temps dans ses retranchements. On voyage dans le temps, certes mais comment?

Le temps vu par un geek

Bon c’est bien joli, mais à quoi ressemble cette machine inventée par Sheldon? Que ressent-on quand on est dedans? Il va falloir un peu creuser la physique, là!

D’un point de vue purement scientifique, le temps intervient dans plusieurs théories qui me fascinent:

  1. La relativité
  2. La quantique
  3. L’antimatière
  4. L’entropie

La relativité

Selon la théorie de la relativité, le temps est relatif (il dépend de l’observateur), et l’espace et le temps sont intimement liés. Le temps est une dimension d’espace, au même titre ou presque que le haut et le bas, la droite et la gauche.

Extrait de l‘article de SLATE : «L’espace temps est non temporel, il est statique, il a toujours été là» explique Etienne Klein et «c’est nous, observateurs, qui suivons dans cet espace temps nos lignes d’univers et créons l’impression que nous avons que le temps passe». C’est un peu comme si vous étiez en train de glisser sur un toboggan. Tout bouge autour de vous mais c’est vous même qui êtes en train de bouger et vous ne pouvez vous arrêter.

De plus, dans le cadre de la théorie de la relativité, le temps est relatif. Il s’écoule différemment selon la vitesse à laquelle on se déplace et surtout l’accélération à laquelle on est soumis. C’est ce qui crée le paradoxe des jumeaux. Imaginons deux jumeaux, l’un embarque dans une fusée qui va presque à la vitesse de la lumière et l’autre reste sur terre. Quand le jumeau reviendra de son périple, il n’aura presque pas vieilli car l’écoulement du temps est relatif.  Il n’est pas possible de voyager dans son propre passé ou futur mais il est plus facile de voyager dans le futur d’autrui. Dans une moindre mesure, le temps ne s’écoule pas à la même vitesse à la surface de la terre et à la hauteur d’un satellite car la gravité est elle-même une accélération. Hem… N’allons pas plus loin. En tout cas, il est nécessaire d’appliquer une correction relativiste aux horloges des satellites GPS.

Aparté: la gravité est due à la masse qui courbe l’espace-temps et qui fait rouler les objets dans le trou. Alors si la terre peut détraquer le temps, imaginez ce que ferait un trou noir, ces monstres qui déforment tellement l’espace qu’ils gobent tout, même la lumière! Ils font un trou dans l’espace-temps! Mais ce trou? Il ressort par où? Une fontaine blanche! Une des meilleurs explications physiques du voyage dans le temps passe par le duo trou noir/fontaine blanche. L’ensemble crée un trou de ver.  La matière est transportée à un autre endroit de l’espace temps. Ailleurs dans l’espace mais aussi, pourquoi pas, ailleurs dans le temps. Ainsi, créer un trou de ver est une des meilleurs méthodes de voyage dans le temps d’après la science.

Alors, il semblerait bien que les moyens pour rejoindre le passé ou le futur s’apparenteraient à un voyage intersidéral à travers cette dimension? Mais dans un vaisseau spatial blindé. En effet, encore faut-il en ressortir en seul morceau! Je vous rappelle que passer à travers un trou noir vous réduit à l’état de spaghetti subatomique! Argh! Bon, on peut toujours imaginer une pirouette! Le vrai problème est que Stephen Hawkins n’est pas d’accord! Il vaut mieux faire comme s’il n’avait rien dit, sinon pas de voyage dans le temps et pas d’histoire! Pas de bras, pas de chocolat!

Revenons sur nos affaires de thème. Si le temps est une dimension au sens propre et que le passé est juste un peu plus loin derrière dans l’espace-temps?  Finalement, les gens ne meurent jamais vraiment, non? Cela ne change pas un peu votre vision de la vie?

Vous ne visualisez rien à ce que je viens de raconter? Lisez donc la BD Anselme Lanturlu! Il a bercé mes études lui ^-^

le-trou-noir
tout-est-relatif

La mécanique quantique

Passons à la quantique maintenant! Ce qui est beau ici, c’est que tant qu’une mesure n’a pas eu lieu, la matière peut être dans plusieurs états qui sont plus ou moins probables: C’est la superposition des états. C’est dû au fait qu’une fonction mathématique peut avoir plusieurs solutions. Vous devez déjà avoir entendu parler du Chat de Schrödinger? Votre chat est dans une boîte, avec un poison qui se déclenche ou pas suivant un phénomène quantique dans un état superposé. En théorie, avant d’effectuer la mesure, votre chat est vivant ET mort. En pratique, il existe un phénomène appelé la décohérence quantique qui fait qu’à notre échelle, le monde n’est plus soumis à la superposition (des interactions physiques avec l’environnement cassent la cohérence).

Ce truc est sympa quand même pour nous auteurs de SF. Avec des expériences élaborée, on peut exploiter cette incertitude quantique pour influencer le passé. Je ne vous décrirais pas l’expérience de la gomme quantique à choix retardé qui fait appel à trop de connaissances pour tenir dans cet article. Mais en gros, une particule quantique peut passer d’un côté OU de l’autre sauf qu’on ne le saura pas avant d’avoir fait la mesure mais on peut modifier l’expérience pour influencer cette mesure qui a lieu après le passage. Donc le futur influence ici le passé… C’est un peu le même binz qu’avec la téléportation quantique. L’espace et le temps, c’est pire que relatif pour une particule quantique. Mademoiselle obéit à ses propres règle qui peuvent transgresser tout le reste.

Les gens qui étudient la gravité quantique ont d’ailleurs des surprises (par exemple dans les collisionneurs géants qui seraient peut-être abimés par des particules venues du futur!)… Enfin, c’est de la science fiction ça aussi 😉 Plus terre à terre, d’après le physicien Étienne Klein: «on a du mal à exclure des solutions d’équations qui correspondent à des boucles spatio-temporelles» «Les machines à remonter le temps dont on pourrait parler en l’occurrence, qui vivrait une sorte de temps cyclique, sont des particules» cf l’article sur SLATE.

Et parmi ces particules, les kaons sont très très méchants! Je ne vais pas vous refaire toute l’explication sur la symétrie CPT expliquée dans le livre d’Étienne Klein (Les Tactiques de Chronos, chapitre «la bande des Kaons met le temps sans dessus-dessous). Mais sachez que cette symétrie permet de respecter le principe de causalité (un événement ne peut avoir lieu avant sa cause).  Cette symétrie signifie que un univers d’antimatière observé dans un miroir où le temps s’écoulerait à l’envers doit se comporter de la même façon que le nôtre. Les kaons la foutent gentiment en l’air! Il existe une asymétrie entre le passé et le futur au niveau microscopique pour ces particules.

Bref, on peut imaginer des méchantes particules qui repartiraient dans le passé en emportant avec elle de l’information. (Il me semble que c’est le postulat de départ du film Paycheck basé bien sûr sur une nouvelle de Philip K Dick). On est pas obligé de concevoir le voyage dans le temps comme un voyage d’un être vivant. Déjà transférer de l’information ce serait énorme!

Je me permets aussi une digression narrative sur ce monde totalement taré au niveau subatomique, qui en passant à notre échelle redevient raisonnable.  Imaginons que le temps soit différent aux différentes échelles, comment votre vaisseaux va gérer ça?

Le voyage dans un univers parallèle

Sinon, autre sujet, le concept de Multivers qui est si pratique avec le paradoxe du grand père est parfois utilisé dans le domaine de la quantique. En théorie, votre chat de Schrödinger est vivant ET mort dans deux univers différents, en effectuant la mesure on détermine juste dans quel univers on a mis les pieds. La puissance de ces Multivers est que TOUS les embranchements possibles existent quelque part dans une infinité d’univers! Plutôt que voyager vers le passé pour le changer pourquoi ne pas voyager dans l’univers qui contient le passé qui nous intéresse? Pour voyager dans le temps, il faudra donc être capable de passer de mondes en mondes. Mais qu’est-ce qui nous attend entre les mondes? Déjà que le vide intersidéral est assez hostile, imaginez le vide entre les univers? Mais ce n’est pas vraiment un vide, c’est plus une mer de probabilités, non? D’ailleurs, avez vous déjà entendu parler d’énergie du vide? Lol. La beauté contradictoire de la quantique. La matière que nous observons n’est que l’écume à la surface de l’eau. Méditez donc ça. Bon courage avec votre vaisseau.

Le big bang passe le temps

Et dernière piste, la cosmologie quantique. Elle explique la flèche du temps par l’expansion de l’univers, ce serait le moteur du temps. Alors? Que se passerait-il si l’univers cessait son expansion? Peut-on localement stopper cette expansion? D’ailleurs, vous êtes vous déjà demandé comment se fait cette expansion? De droite à gauche? Du haut vers le bas? De l’intérieur vers l’extérieur? Bref, si cette piste vous plait, n’hésitez pas à taper cosmologie quantique et expansion de l’univers dans Google. Et pour visualiser la courbure de l’espace-temps, encore une fois, mon pote Anselme Lanturlu est là!

L’antimatière

Une jolie vision de la physique quantique  serait que l’antimatière soit une matière qui remonte le temps.

Imaginons qu’un dispositif à la David Cronenberg (vous savez La Mouche!), un synthétiseur crée un anti vous, qui soit votre double total dans le moindre détail (bon courage avec les états quantiques). Alors au lieu d’avancer vers le futur, votre anti-vous avancerait vers le passé. Bon, il exploserait dès qu’il rencontrerait un peu de matière, c’est vrai. Il faudrait qu’il se déplace avec son anti-oxygène dans un vide parfait… Mais, encore une fois, pourquoi ne pas faire remonter le temps à des particules qui permettraient d’échanger des informations, de voir le futur ou de prévenir les gens du passé?

Tiens et tapez donc «masse négative» dans Google. On me fera pas croire que cette bestiole suit la même courbe de temps que nous! (On est encore un cran plus loin que l’antimatière là, bon courage pour visualiser, arf! 😉

L’entropie

Je voulais juste aller plus loin dans notre vision du temps. Le temps est aussi une perception du chaos. C’est joli dit comme ça?

Je m’explique. Notre perception du temps provient aussi de la deuxième loi de la thermodynamique. «Celle-ci impose qu’à long terme, tout système, si structuré soit-il, évolue inexorablement vers un état désordonné, autrement dit dans lequel les objets sont dispersés au hasard. La flèche du temps serait simplement le résultat de cette tendance globale vers l’entropie, vers l’état de désordre.» (citation de cet article) Bref, une omelette ne revient pas spontanément à l’état d’œuf en coquille, une tasse brisée ne se reforme pas et un gaz qu’on relâche ne revient pas tout seul dans sa bouteille. Finalement, ce temps qui s’écoule est une forme de mesure du désordre d’un système. Si vous souhaitez revenir dans le passé, vous devez remettre de l’ordre et vous allez potentiellement toucher aux lois de la thermodynamique.

Revenons à l’entropie qui détermine la flèche du temps. Le temps va dans le sens de l’entropie croissante (i.e. du bordel croissant). Une entropie à zéro implique que tout est immobile, qu’il n’y a aucune agitation, cela équivaut au zéro absolu (−273.15°C). Imaginons maintenant une expérience visant à descendre en dessous du zéro absolu (i.e. d’une entropie négative), que se passerait-il? Cela n’inverserait pas la flèche du temps? Cela créerait peut-être un nouveau type de paradoxe? (J’ai une histoire d’horreur comme ça dans les cartons 😉

Une machine à voyager dans le temps ici devrait d’abord créer une singularité entropique (i.e. un truc plus froid que le zéro) puis nous isoler de l’extérieur et offrir «de l’ordre» à manger au chaos pour respecter les principes de la thermodynamique. Je verrais bien un énorme refroidisseur à hélium, un démon de Maxwell de type Tube de Ranque-Hilsch (faites vous plaisir, c’est mon sujet de mémoire de licence! Et on se demande pourquoi je suis tarée…). Un réseau cristallin entourerait le vaisseau pour protéger ses occupants de l’inversion d’entropie… (idée volée aux vaisseaux spatiaux des Seigneurs de l’instrumentalité)

seigneurs-de-linstrumentalite-box

Un peu de retournage de cerveau

OK, je vous parlais de trouver un postulat, mais pourquoi se contenter des visions du temps mille fois vue et revues? Pourquoi ne pas s’écarter un peu des sentiers défrichés? Aprés tout ce qu’on vient de voir, il y a de quoi se poser des questions… D’après Wikipédia, il y a deux notions philosophiques importantes avec lesquelles on peut jouer:  «la simultanéité , qui permet d’exprimer l’idée qu’à un même moment, des évènements en nombre peut-être infini se déroulent conjointement, a priori sans aucun rapport les uns avec les autres. En corrélation se trouve la notion de succession : si deux évènements ne sont pas simultanés, c’est que l’un a lieu après l’autre.» Cela pose des questions importantes liées à la causalité.

 Et si la causalité n’existait pas?

Finalement, tous ces méchants paradoxes ont une seule et même origine: le principe de causalité. Le principe de causalité en science veut que tout événement soit la conséquence d’une cause. La causalité est un principe physique : «si elle semble découler de la logique pure et même si elle n’a jamais encore été démentie par l’expérience, cela ne veut pas dire qu’elle soit prouvée.» Alors? Faisons un peu de SF! Si on s’amusait à retourner ce principe de causalité? Si les événements du passé avaient lieu à cause du futur? Et si les événements présents avaient lieu à cause de tous les événements simultanés et non pas à cause du passé? Après tout, le temps est aussi une forme de dimension d’espace, or, l’espace est influencé par la matière autour de lui, pourquoi la causalité ne le serait pas?

Imaginons qu’en fait de postulat de départ, on dise: «toutes les actions simultanées sont liées». Alors peut-être que tuer son grand père n’est plus si grave. En effet, si les événements du futur sont liés entre eux plus fort que les événements du passé avec le futur, alors peut être que mon moi du futur ne disparaitra pas si je tue mon grand père? L’inertie du reste de l’univers le maintient en vie là-bas? Et peut-être qu’elle le maintient en vie ici? Oh, fuck! Je viens de créer un zombie! oO

Et si le libre arbitre n’existait pas?

N’importe quelle méthode d’écriture de scénario vous dira que les choix de votre héros conditionnent tout… Mais avec la théorie d’Einstein, on peut concevoir l’univers comme un bloc où le futur existe déjà et le passé existe encore. Que devient le libre arbitre là dedans?  C’est pas un joli thème à jouer avec, ça?

Et si tout cela n’est qu’affaire de perception?

Savez-vous que les spéléologues perdent facilement la notion de temps lorsqu’ils sont coincés sous terre? Le temps n’est qu’une représentation de notre esprit pour rendre une dimension de l’espace. Et si la nature nous avait faits autrement? Lovecraft (rêveur totalement barré s’il en est!) imaginait que les Grands Anciens pouvaient voir le futur et le passé un peu comme s’ils se tournaient vers l’avant ou l’arrière. Il aimait aussi jouer avec les dimensions improbables comme en témoigne cet incroyable recueil « Dans l’abîme du temps ». Je vous conseille vivement ce type de lectures. Visualiser un monde qui comporte plus de trois dimensions est d’une grande difficulté mais c’est un pré requis. Ici aussi, je vous renvois encore vers les BD d’Anselme Lanturlu qui m’ont beaucoup apportées pour comprendre Lovecraft (à défaut de m’apporter les notes nécessaires pour entrer en physique théorique…).

Bref…

Ce que l’on sait du temps est «perçu». Ça se trouve, nous n’avons rien compris à ce qu’il est vraiment. Alors, faites vous plaisir, immergez vous dans Wikipédia et tous les magazines scientifiques. Ne restez pas à la surface des choses. Allez le plus loin possible dans les principes qui gouvernent la physique, creusez les théories des Grecs anciens sur le temps, allez voir les théories des Mayas ou des Celtes (eux croyaient au voyage dans le temps!) Arrogants que nous sommes, nous croyons avoir tout compris même quand nous basons notre physique sur des principes non démontrés, voire indémontrables, voire fuckés par la mécanique quantique. Ça se trouve, tous ces paradoxes viennent d’une conception erronée du temps et de la logique intrinsèque des événements.

Et puis tout ça on s’en fout!

Enfin, vous creusez pas trop la tête non plus! Je vous vois boguer d’ici! 😉 Si votre lecteur est terrifié à l’idée que votre héros puisse se perdre dans les couloirs du temps alors que lui importe que le passé ne soit pas un couloir mais un monde qui se fige et qui se fait dévorer par des Langoliers? (Stephen King) De toute façon, on en sait rien et dans un siècle on comprendra qu’on s’était planté! La seule chose qui compte c’est:

  1. Que le lecteur soit pris par l’histoire (par la quête de votre personnage et son débat intérieur)
  2. Donc que les événements aient un impact sur ce que pense, et ressent votre personnage (consistant le personnage svp, évitez la décohérence quantique 😉
  3. Que les événements soient cohérents avec votre postulat de départ (merci le principe de causalité). Pour ce faire, je vous renvoie encore vers mon article sur la Création d’univers.

Et si vous voulez en savoir plus sur le temps, lisez donc un peu de vulgarisation scientifique:

tactiques-chronos

Enfin! Bon courage avec ce domaine littéraire qui est loin d’être le plus simple! 😉 N’hésitez pas pas à donner votre avis en commentaire! (Vous avez le droit de me bâcher lol!)

 

Se connecter:


Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

6 réflexions sur “ Créer un univers de SF: les voyages dans le temps et les paradoxes temporels ”

  1. Bonjour. J’ai adoré le contenu très trapu livré avec légèreté et distance. J’ai quelques liens à aller visiter puisque c’est aimablement suggéré, et je vais également devoir revenir lire une paire d’articles dont le libellé m’a interpellé.
    Bien cordialement

    Philippe

    1. Ahah oui trapu c’est le cas de le dire! Merci de ton stoïcisme! C’est vrai que cela fait beaucoup et il est nécessaire de faire de nombreuses recherches en aval. L’idée est de donner des pistes de réflexion ^-^
      Tu participes à l’appel à texte de la revue?
      En tous cas, bonne chance (et bon courage 😉 dans ton projet d’écriture!

  2. Pourquoi vouloir toujours tuer son grand-père ?
    Si on veut créer un paradoxe, il vaut mieux tuer sa grand-mère maternelle, c’est plus fiable (à condition qu’il n’y ait pas eu d’échanges de bébés à la maternité).
    Mais je suis d’accord que le plus important, c’est la motivation du héros : s’il peut voyager dans le passé, il voudra plutôt revenir la veille pour se communiquer à lui-même la combinaison gagnante du dernier tirage de la loterie !

    1. Lol! Tu touches là au vrai problème de la SF: le machisme invétéré! 😉
      C’est vrai qu’il y a une bonne chance que son grand père ne soit pas le sien! Je ne sais pas si cela a été traité.
      Pour le coup du loto, je me demande. Il faudrait ne le faire qu’une fois et vite, avant que le voyage dans le temps ait eu le moindre impact sur le présent.
      Imagine que tu reçois la combinaison du loto. Tu es tellement content que tu grilles un feu rouge. Du coup, la personne au carrefour pile. Du coup, cela provoque un mini embouteillage. Du coup, cela gêne un tout petit peu la circulation de loin en loin. Du coup, le gars qui déclenche la machine du loto a un soupçon de stress en plus. Du coup, il appuie sur le bouton une micro seconde plus tard.
      Du coup, le tirage est radicalement différent.
      Et pan dans les dents!
      ^-^
      Quand à le faire deux fois de suite, à la rigueur. Mais trois? Impossible! À deux fois, le technicien viendra vérifier la machine et yop! Tout s’écroule!

      Sérieux, je trouve que l’effet papillon est le plus gros paradoxe à gérer dans une histoire. C’est coton.

  3. Commentaire très pertinent de Marjorie que j’ajoute manuellement, il y a un problème sur mon site désolé!

    « Bonjour Ghaan Ima, je viens de découvrir ton blog auteur et j’en suis ravie !
    Le voyage dans le temps est fascinant pour tout le monde, je crois, tant les auteurs que les scénaristes, les lecteurs ou les spectateurs. Je me souviens de l’ancienne version du film « La machine à explorer le temps » (1960) que j’avais beaucoup aimée. Puis j’ai découvert sa version plus récente, qui n’a pas grand chose à voir mais qui est très bien aussi, datant de 2002. Toutes deux tirées du roman d’H.G. Wells. Le classique « Retour vers le Futur » a séduit des millions de personnes et est devenu un classique de la SF grand public. Doc est inoubliable.
    Selon moi, le voyage dans le temps est irréalisable, mais il existe plein de théories au travers d’histoires de fiction et c’est vraiment riche et passionnant ! J’ai lu récemment le livre « 11/22/63″ de Stephen King. Pas grand chose d’horrible dans cette histoire, plutôt une fabuleuse épopée très bien ficelée pour tenter d’empêcher le présumé assassin (déjà prouver que c’est bien lui) d’assassiner Kennedy ! Le leitmotiv qui revient dans ce roman est : « Le passé n’aime pas être changé ». En effet, dès que le héros s’apprête à changer un élément du passé, le passé se rebiffe en lui envoyant une catastrophe, par exemple. Bref, c’est bien trouvé. Enfin, il y a des dizaines pour ne pas dire des centaines d’exemples littéraires d’histoires de voyages dans le temps.
    Marjorie »