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Il n’y a pas de bons et de mauvais livres, juste des mauvais lecteurs

J’en ai assez de lire sur les blogs les « 10 choses à faire pour écrire un best-seller », les « 10 règles phares de l’écriture », etc. etc. J’ai pu avoir des idées très tranchées dans l’écriture, mais plus je lis sur le web, plus je découvre des auteurs, souvent indépendants ou des web feuilletonistes différents et étonnants. Alors, je me rends compte qu’il n’y a pas « une bonne façon » d’écrire, pas de « vrais » écrivains versus des « amateurs ». La seule différence entre l’amateur et l’écrivain est que l’amateur s’y prend quand il ne sait pas quoi faire d’autre. L’auteur, le vrai, lui, il écrit, encore et encore. Qu’il soit publié ou pas, là n’est pas la question, seule compte la force qui l’anime.

En fin d’article, je fais une tentative de classification de ces différences, classification P3i ,  et je propose un petit exercice et une étude de cas ^-^ le mien. Lisez, vous verrez 😉

Je considère donc qu’il n’y a pas de bon et de mauvais livres, juste des livres différents. Donc, s’il n’y a pas de mauvais livres, il n’y a que des bons et des mauvais lecteurs.

une chouette rigolote tiens sous ses ailes deux livres : un avec une tête de mort et un avec un symbole alchimique
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Pardon le hibou, je m’explique.

La meilleure façon d’écrire ce que j’appelle « de la soupe » – un truc insipide, que tout le monde peut avaler mais dont personne ne raffole – est d’essayer de plaire à tout le monde. C’est humain, c’est social, c’est ancré en nous. Je refuse de continuer dans cette voie, et quand je regarde ce que j’écris, je l’assume enfin: il y en aura toujours pour détester ce que je fais, et c’est tant mieux. On est ce que l’on est, et la bonne nouvelle, c’est qu’on le restera, succès ou pas.

Ceci étant dit, ce n’est donc pas la peine d’essayer de plaire à tout le monde dans ses communiqués de presse et dans son descriptif Amazon, pas la peine d’attirer ceux qui n’aimeront pas notre style. Pas la peine de générer des commentaires à 3 étoiles, les pires. Lorsque un lecteur a détesté ce que vous avez fait mais qui « objectivement » est quand même obligé de vous mettre des étoiles car c’est « pas si pire si on aime le genre ». Résultat, un commentaire désastreux mais noté 3 étoiles, c’est-à-dire la catégorie de commentaires la plus lue… Catastrophe !

Et puis… la vraie question est : pourquoi écrit-on ? Pour faire de l’argent ou pour trouver ceux qui entreront dans nos rêves et les partageront ? Ceux qui nous appuieront, sous soutiendront et nous feront grandir ?

L’égo d’un artiste est une petite chose fragile. Nous avons tous souffert, de nos premières lettres de refus, de nos premières critiques (souvent de personnes proches de nous…). Avons-nous besoin que notre livre finisse dans les mains de la mauvaise personne ? Que ce mauvais lecteur nous fasse des retours plein de rancœur car il a la sensation « d’avoir été trompé » ? Qu’il nous attaque personnellement car ce que nous faisons ne correspond pas à ce qu’il aime ? En résumé, pourquoi a-t-il acheté notre livre cet imbécile ?

Peut-être parce que nous l’avons mal vendu.

Alors, je persiste et signe, il n’y a pas de bon ou de mauvais livres. Bien sûr, certains critères semblent objectifs comme la lisibilité et la cohérence. On aurait du mal à qualifier ces livres à problèmes de « bons » livres.  Mais comment expliquer le succès insolent de certains wattpadeurs fâchés avec l’orthographe et les règles les plus élémentaires de la mécanique des corps en mouvement ? Ces écrivains dont les histoires ressemblent à des résumés, qu’est-ce qui fait leur succès? Tout simplement du fait qu’ils ont un style bien défini et ils ont trouvé leur audience, le bon endroit, au bon moment.

A l’inverse, un livre que le commun des mortels peut facilement qualifier de mauvais, sortant des sentiers battus au style trop complexe, aux descriptions trop détaillées, pourra plaire à certains même si la grande majorité le détestera et que les éditeurs n’en voudront pas. Certes, sa « niche » sera peut-être très restreinte, mais elle existe. Il faut prendre conscience de son style et trouver sa niche si on ne veut pas écrire « comme tout le monde ».

Un ami écrivain et pas mal marketteur sur les bords (Jef Dubeau, si vous lisez l’anglais et que vous aimez le space opéra ou le fantastique) m’a dit un jour : « aussi étranges que soient tes livres, ils possèdent forcément une audience quelque part. Mais il faut la trouver. »

Alors comment trouver son audience ?

Vaste question que j’éluderais à la manière politicienne: Tout d’abord, en écrivant ce que l’on est avec vérité et passion.  Mais pour cela, commençons d’abord par nous trouver nous-même et comprendre notre livre. Découvrir ce que l’on a écrit, ce qui nous anime dans cet ouvrage. C’est cet exercice que je commence à faire de mon côté. Je mets ci-dessous, une liste de questions à laquelle je suis arrivée pour comprendre mes romans. j’appelerais ça la classification P3i pour Prose, Intrigue, Intention et Imaginaire. Je pense que déterminer ces quatre points permet de mieux se comprendre et de mieux comprendre son lectorat. Enfin, ce n’est qu’une proposition ^-^. Je serais heureuse d’avoir d’autres idées en commentaires! En attendant allons-y:

La classification P3i:

  1. Quel est votre type de Prose ; c’est le facteur premier de décrochage d’un lecteur :
  • Lapidaire et facile d’accès : phrases courtes, mots qui vont à l’essentiel, le style mitraillette américain.
  • Déliée et riche : phrases parfois complexes, descriptions détaillées et effets de styles, la prose du 19ème
  • Graphique et orientée action : description pour créer des images, beaucoup de dialogues, univers télévisé/BD-manga
  • Onirique: Prose poétique, très métaphorique, parfois rimée qui génère des images issues d’un rêve
  1. Votre style d’Intrigue ; ce qui vous anime et vous branche et peut franchement rebuter votre voisin :
  • Empathique : Liée au ressenti du héros, aux relations entre les personnages
  • Structurée : Nombreuses sous intrigues pour traiter d’un thème décliné en sous thèmes, univers riche et détaillé
  • Percutante : Enchaînement d’actions vers un climax, une explosion de sensations (Avec la déclinaison « Emmanuelle » ou « Rambo » ^o^)
  • Mystérieuse : Construction de suspense, mise en attente de questions, révélations
  1. Quelle est votre Intention, ce que vous cherchez à transmettre quand vous écrivez :
  • Sensitive :  Ce qui compte c’est de faire ressentir quelque chose physiquement: thriller ou horreur, érotique ou romance, course poursuite ou accomplissement de soi…
  • Interrogative : Utilisation de l’histoire et des événements pour interroger le lecteur : mises en abyme et projections empathiques dans des systèmes de pensée différents
  • Initiatique : Tout est basé sur la croissance du héros, son passage à l’âge adulte, sa progression psychique, tels les mythes et contes de fée
  1. Quel est votre moteur d’Imaginaire, ce qui vous fait tripper 😉
  • Genre de l’imaginaire débridé : souvent fantasy ou fantastique mais pas que, mondes oniriques hauts en couleurs et en inventions
  • Genre de l’imaginaire scientiste : souvent SF et anticipation, uchronie et steampunk mais pas que. Univers basé sur une science ou une magie, une logique intrinsèque déclinée de façon logique
  • Genre ancré dans la réalité (présent, passé ou même futur) : souvent polar et drame, recherche de vérité que ce soit sociologique ou sur les personnages
  • Genre réel ou imaginaire fantasmé : Peu importe la cohérence et la crédibilité, ce qui compte c’est… au choix : les émotions, l’action, le mystère, la peur…
  • Genre expérimental : Recherche de ce qui n’a jamais été fait, ce qui perturbe : Boris Vian est un bon exemple, même les règles de la physique en prennent un coup avec lui

Bien sûr, c’est impossible de rentrer à 100% dans des cases et un bon roman comportera toujours de nombreux éléments bien dosés mais on aura toujours une préférence, une prédominance dans ce que l’on fait et ce que l’on lit. Et il faut tout de même prendre conscience que certains genres s’excluent mutuellement :

Un adepte des univers scientistes au style mitraillette partira en courant fasse à une histoire fantasmée au style délié. De même, un féru d’histoires explosives fermera votre livre à la troisième page si vous avez une intrigue mystérieuse ou interrogative ou même si vous êtes dans l’empathique. Par contre, il pourra peut-être se laisser séduire par une histoire sensitive… De même, un interrogateur se laissera séduire par une structure complexe, etc.

Maintenant, je vous propose un petit exercice :

  • Quel genre de lecteur êtes-vous ?
  • Dans quelles cases se range (plus ou moins) votre dernier livre ?

De mon côté, « Les Larmes du Dragon » se range bien sûr dans les catégories :

  • Du style lapidaire mitraillette à l’américaine ;
  • Une intrigue percutante : linéaire et qui enchaîne l’action
  • Avec une intention clairement initiatique de montrer des héros qui grandissent
  • Dans un univers à l’imaginaire débridé voire, fantasmé, qui ne repose pas sur une grande cohérence (LOL)

Alors oui, le Monsieur sur Amazon au commentaire 3 étoiles (c’est forcément un monsieur çui-là et qui sait bien que les lecteurs lisent d’abord les commentaires 3 étoiles…). Oui, Bébé est un chat ronchon, c’est pour ça que les filles l’aiment et de toute façon, Bébé à la fin, et ben, il va CHANGER et c’est ça l’intérêt de cette histoire, la seule raison pour laquelle j’ai été jusqu’au bout. Oui, mes phrases sont courtes et simplistes: je m’adresse à des gosses de 10 ans, tu sais? C’est écrit dans le descriptif du livre, l’as-tu lu? Et oui, tu n’as pas réussi à t’attacher aux personnages ! Et…

Ah… mince… moi qui suis une lectrice empathique, j’ai dû rater un truc. La flèche de la troisième étoile a percé ma carapace et j’ai mal… Bon… On s’en fout de mes sentiments, je ferais mieux la prochaine fois, c’est tout ! Léonard de Vinci n’a pas fait la Joconde à son premier tableau…. Non, hein ?

 Merci d’être arrivés jusque là, n’hésitez pas à me donner votre avis et bonne chance à vous dans vos projets ! ^-^


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7 réflexions sur “ Il n’y a pas de bons et de mauvais livres, juste des mauvais lecteurs ”

  1. Je ne suis pas forcément d’accord avec la première partie : le lecteur n’est pas ni meilleur ni moins bon que le livre de mon point de vue. Il a des attentes, un caractère et on n’a pas le droit de le juger sur ce point. Par contre, je suis d’accord sur le fait que toutes les mariages ne sont pas heureux ni même souhaitables.

    Je suis beaucoup plus réceptive à la deuxième partie par contre et je trouve les questions et les « cloisonnements » assez judicieux, même si j’aurais ajouté une catégorie onirique/poétique dans la prose !

    Pour me l’appliquer à moi-même en tant que lectrice je suis plus orientée vers le style lapidaire avec une pointe graphique ! Pour l’intrigue, les quatre peuvent me séduire, j’ai même tendance à varier les plaisirs tant que la thématique me plait. Dans l’intention, je suis plus sensible à la sensitive. L’initiatique aussi peut me plaire, mais je suis beaucoup plus difficile car je trouve que le schéma est trop souvent répétitif ^^ Et pour le 4, c’est sans hésitation l’imaginaire scientiste !

    Pour mes projets :
    Pour Orion : 1. style lapidaire avec une pointe graphique ; 2. Le mystérieux empathique :p ; 3. Initiatique ; 4 Imaginaire scientiste !
    Pour Traces du Passé et Identité(s) : 1. style lapidaire avec une pointe graphique ; 2. de l’empathique mystérieux 😉 ; 3. Sensitive ; 4 Imaginaire scientiste !
    C’est donc très proche de ce que j’aime lire ^^

    1. Mais tu as raison! je rajoute tout de suite cette catégorie! Merci beaucoup!!
      Excuse-moi pour le « mauvais lecteur » c’est une façon d’attirer l’attention. Je suis 100% d’accord qu’on est tous de bons lecteurs pour un certain style de livres. Mais on peut juger très durement des livres qui n’entrent pas dans notre style et les détester alors que d’autres adoreront. Je devrais dire: Il y a de « mauvais » lecteurs à attirer sur notre page! Un « mauvais » lecteur pour tel type de roman ^-^

      et merci beaucoup pour tes exemples! Ahah! tu aimes bien les univers scientistes, donc? J’avais cru remarquer 😉
      moi aussi! Même si dans ce que j’ai mis en ligne pour l’instant, cela ne se voit pas :)
      C’est l’influence de la SF je pense… Et pour une petite étude, tu lis beaucoup d’histoire traduites de l’américain ou tu es plutôt classiques francophone? Le style lapidaire est un choix ou ça vient de ce que tu aimes lire?

    2. Je suis peu regardante sur l’origine de l’auteur ^^ J’ai beaucoup lu de traduction, aujourd’hui, lisant principalement des projets en ligne, c’est un vivier francophone ! Au passage, je ne pense pas que le style lapidaire soit typiquement américain !

      Que ce soit pour l’approche lapidaire et/ou l’imaginaire scientiste, je pense que ce n’est pas vraiment une question d’influence, mais de tempérament ! C’est mon caractère qui a conditionné mes lectures et ce que j’aime et non l’inverse 😉 J’ai besoin de cohérence et de logique pour appréhender une lecture ou un écrit. De même avec le style, j’aime quand ça va droit au but quand ça ne tourne pas autour du pot ! Je ne suis pas une fan des descriptions ou des formules alambiquées qui me perdent vite dans le fil de la lecture ^^

    3. oui tu as raison le caractère fait beaucoup ^-^
      ahah! oui, faut que j’arrête de classifier par pays aussi 😉
      merchi pour tes retours

  2. Article très intéressant que j’aurais pu citer sur mon site ^^
    Je me demandais : Comment utiliser la classification P3i lors de la rédaction de la quatrième de couverture ?

    1. Bonne question ^-^ merci de ton intérêt pour mes théories échevelées!

      Je dirais que, pour la prose, basiquement, sois toi-même. Si tu écris simplement, reste simple dans le quatrième de couverture et vice-versa si tu as une écriture riche, adopte une prose déliée.

      Ton imaginaire ressortira assez naturellement lorsque tu raconteras ton histoire. Si tu es plutôt « imaginaire débridé », utilise des images fortes. Si tu es plus un « scientiste » ce sera la cohérence et le souci du détail qui ressortira du texte. Cependant, il faut être prudent avec les détails dans un résumé, cela alourdit!
      Pour le type d’intrigue, là, il faut faire un peu attention. Avec une histoire pleine de sous intrigues, comme précédemment, si tu essaies de rendre sa complexité sur quelques lignes cela fera fouillis. Il vaut mieux se concentrer sur l’intrigue principale. Sinon, je pense qu’il faut éviter de se la jouer grand mystère, si tu as une intrigue simple mais chargée d’émotions, autant essayer de rendre les grands moteurs de l’émotion (un amour impossible? Un enfant perdu?).
      C’est l’intention qui demande le plus de travail à mon avis. C’est quelque chose qui n’est souvent pas énoncé clairement dans un livre. Idem, on ne peut pas dire clairement dans le quatrième: « ceci est un récit initiatique« . Il faut le faire ressentir. Remarque, avec cet exemple, c’est plutôt simple. Il suffit souvent de dire que « ton jeune héros se lance dans l’aventure en quête de quelque chose » et le lecteur se doutera du thème ^-^
      Si tu es plus dans le sensitif, montre-le en donnant un ou deux détails sensoriels clef. Si tu es plus dans l’interrogation, pose peut-être les contradictions que soulèvent l’histoire. Bref, comme dans un roman, la grande règle c’est: « show, don’t tell » (« Montre, ne raconte pas » je te renvoie vers cet article sur ce point: http://ghaanima.com/les-bases-rythme).

      Mais comme tu le sais sûrement, un quatrième de couverture n’est pas un simple résumé, c’est un pitch qui doit positionner l’histoire et donner un avant goût de ses qualités, c’est-à-dire, pitcher ton univers sans trop en dire non plus. Dégager la colonne vertébrale de ton intrigue et l’élément différenciateur qui suscitera la curiosité de ton lecteur. Pour cela, tu peux faire un petit exercice en te plongeant dans la tête de ton lecteur type pour identifier ses attentes.

      Bref, quelle que soit la méthode choisie, je pense que le plus important est de rédiger plusieurs quatrièmes et de les tester auprès d’un maximum de personnes, et surtout auprès de ceux qui pourraient aimer ton histoire, et surtout d’écouter leur avis. En tant qu’artiste, on a tendance à se braquer devant les critiques mais il faut savoir les demander et les écouter!

      J’espère que ma réponse aura pu t’aider. Si quelqu’un a d’autres idées, je suis preneur!

  3. Merci de cette réponse, oui elle m’aura aidé ! J’ai tendance à faire des « résumés » pour la quatrième de couverture pour donner le ton et le style, puis de conclure sur l’intrigue. Ca donne envie mais peut-être pas assez alors je dois travailler dessus !
    Je me suis rendue compte que d’avoir les premières critiques et chroniques m’ont beaucoup aider à comprendre l’essence de mon livre, de part les émotions ressenties par les lecteurs. Cela va me permettre de rédiger une meilleure quatrième de couverture !
    Merci en tous cas :-)

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