Demon Heart 11. Les âmes se refusent, la cité noire

Sorayah en écolière devant une mosaique représentant Yggdrasil, l'arbre de vie
© yumeao

DEMON HEART

Acte 2 : Les alliés de l’ombre
Episode 11. Les âmes se refusent, la cité noire

Un roman gratuit de démon / Lire le prologue

Une épée transperce la main de Sitry. La lame est parcourue d’entrelacs noirs, qui ressemblent à une pieuvre. La lame se plante dans le sol de granit et emprisonne la main de Sitry. L’égyptien atterrit sur le sol. Il tient le manche de l’épée comme on plante un poignard dans du bois. Ses yeux bleus brille d’un éclat rageur. Une aura bleue l’entoure. De son autre main, il tient une corde striée de runes noires. La corde se transforme en un filet. Il le jette sur le démon. Des mailles d’acier se resserrent pour étouffer Sitry. Elles entament sa chair. Des gouttes d’or coulent de ses blessures.

Sitry lève les yeux sur l’égyptien. Sorayah se place derrière le garçon. Son cœur bat de peur et de soulagement. Le regard de Sitry s’assombrit. Ses doigts se crispent sur le filet coupant, il dit :

–          Je n’ai qu’un sort à chanter pour te vider de ta moelle, même les os du désert de sel seront moins secs que toi !

Avec un couinement, le filet se transforme en une pelote de ficelle. Karine sort de la corde. Elle recule en rampant. Seule la lame de Galadriel retient encore le démon.

Ses yeux d’or rivés dans ceux de Sorayah, Sitry incante un sort. Il chante dans une langue aussi âpre que le raclement des rochers. Le sang d’or qui s’écoule de sa main se met à bouillir. La lame chauffe. Le cri de Galadriel déchire les sifflements du vent. Mais ni l’égyptien, ni Galadriel ne reculent. Le chant de Sitry s’accélère. La lame chauffe au rouge. Le rubis sur la garde du couteau se fissure.

Il va la tuer !

Sorayah se jette sur le manche de l’épée. Elle arrache l’épée du sol et libère le démon.

–          Sitry ! S’il te plait, ne…

Mais Sitry est déjà sur l’égyptien. Il lui flanque un coup de poing qui lui écrase la poitrine. Le garçon vole. Il s’écrase contre une colonne de marbre rose, qui s’écroule. L’égyptien retombe sur un tapis brodés d’or. Ils sont à l’intérieur du château. Des instruments de musique, des coussins de soie et de la vaisselle d’or parsèment la pièce..

L’égyptien est inconscient. Sorayah veut se précipiter vers lui, mais Sitry la retient. Son regard devient flou une seconde. Il fouille ses souvenirs. Il la force à s’asseoir sur les coussins et la lâche. Quelques perles fondent dans son poing. Il dit :

–          Laisse, l’orgueilleux va bien. C’est sur mes murs qu’il s’est écrasé. J’ai pris le coup autant que lui.

Galadriel est déjà au chevet du garçon. Karine se cache derrière un grand miroir au cadre doré. Sitry a un sourire narquois, une canine de chat dépasse de ses lèvres.
–          Tu accordes ta confiance à n’importe qui.
–          Mieux vaut n’importe qui qu’un démon ! Tu voudrais pas que j’ai confiance en toi !?

Sitry hausse les épaules :
–          Qui parle de confiance ? Tu n’es pas capable de vaincre Baêl. Il est cent millions de fois plus fort que Sabnock, le ver devant lequel tu t’es mise à genoux.
–          Mais je suis plus seule maintenant ! Galadriel et le garçon ont failli te battre ! Et Karine m’aidera aussi !

Elle désigne la petite emo à moitié dissimulée par le miroir. Karine secoue la tête. Elle bredouille :
–          Yayah… Tu réalises pas… On est que dans le second cercle, là…. L’araignée… C’est le roi-démon du cinquième cercle. C’est le plus puissant après l’empereur… Je veux pas descendre si bas… Tu sais pas ce qu’ils font dans ces cercles là…

Karine met les mains autour d’elle en tremblant. Elle se terre derrière son miroir.

Non ? Karine ne va pas m’aider ?

Sitry lui jette un regard mesquin. Sorayah détourne le regard. Elle a envie de pleurer. Elle sent une présence derrière elle. L’égyptien s’est relevé. Il tombe un genoux à terre, il ne tient pas debout. Il lui tend le manche du couteau pour qu’elle le reprenne. Son regard délavé est dur comme de la glace.

Sorayah reprend son arme. Elle ne proteste pas.

Je me battrais seule s’il le faut.

Elle sent les larmes monter, des larmes impossibles à retenir. On dit que la vérité est une lumière mais c’est une sombre certitude.

 Je peux pas me battre seule. J’y arriverais jamais

L’égyptien pose ses mains sur les siennes. Il les serre sur le manche du couteau. Ses pensées pénètrent l’esprit de Sorayah :
–          Je suis venu pour toi. Je suis ton arme.

Sorayah sent son cœur gonfler. Elle croise le regard de Galadriel qui hoche la tête avec un doux sourire.

Comment j’ai pu douter d’elle ?

–          Comment as-tu pu douter de moi ? Lui répond l’égyptien dans son esprit. J’irai jusqu’à la cité de l’Empereur pour toi.

Sorayah lâche le couteau pour le prendre dans ses bras. Mais le garçon est jeté à terre. Sitry l’a frappé.
–          Elle m’appartient. Dit-il.
Sorayah relève la tête avec rage :
–          Non ! Je t’appartiens pas! Et je peux me battre sans toi ! Je suis pas seule ! Tu vois ?!

Sitry découvre les crocs :
–          Tes alliés ne sont que des mouches qui tournent autour de ta lumière. Tu sais que je dis vrai.

Sorayah pose son regard sur Karine, terrifiée, puis sur Galadriel, pleine de bonne volonté, qui s’est déjà fait dévorée par sa faute. Puis sur l’égyptien qui lutte pour se relever encore. Impuissant, le garçon fixe le démon qui le toise comme si un regard pouvait tuer.

 Mais ça ne marche pas comme ça…

Ils sont si courageux mais si faibles tous les deux. Sitry a raison.

 L’aura d’or de Sitry fait ondoyer la soie des coussins. Son aura, son palais, tout respire la puissance.

 Mais lui aussi

Sorayah le revoit, à genoux, plein de sang, face à l’aura puante de l’araignée. Elle dit :
–          Je t’ai vu chier dans ton froc devant Baêl.

Le sourire arrogant de Sitry s’efface. Il dit :
–          Tu as raison. Je ne peux pas vaincre Baêl ainsi. J’ai besoin de ta force. Tu es le motif pur. Une âme de dimension zéro avec l’énergie d’un démon du premier cercle. Si tu me donnes ton âme, nos sceaux se combineront. La trame de mes pouvoirs acquerra une nouvelle dimension et j’aurais enfin les mêmes puissances que Baêl.

Sorayah sent une colère profonde envahir son cœur. La colère qu’elle ressent depuis son enfance contre tous ces professeurs, dont les mots ne veulent rien dire. Elle gronde :
–          N’essaie pas de m’embrouiller…

Il soupire :
–          C’est un concept que les djinns ont essayé d’enseigner à tes ancêtres pendant mille ans, sans jamais réussir. Vous êtes nuls en mathématiques…

Sitry s’agenouille devant Sorayah pour se mettre à sa hauteur. Il dit :
–          Tu veux que je te dise les choses simplement ? L’araignée est des millions de fois plus forte que toi. Tu ne pourras pas le battre sans sacrifice car en enfer, il n’y a que deux façons de devenir plus fort. Tu peux manger une âme. Mais tu deviendras un démon. Tu seras condamnée à ne jamais étancher ta faim, tu perdras l’esprit… Ou bien…

Il fait exprès de prendre une pause pour l’inciter à quémander la suite. Sorayah attend sans un mot. Sitry sourit :
–          Ou bien tu peux donner ta force à un démon à qui il reste de l’esprit et de l’honneur.

Sitry murmure pour qu’elle seule l’entende :
–          Si tu me donnes ta force, je te donnerai ton frère. Ce sera notre contrat. Ce sera mon serment. Je suis ton seul espoir de vaincre Baêl. Tu ne réussira pas sans moi.

Il y a tant de certitude dans son regard d’or.

 Il ne ment pas. Il est mon seul espoir…

Il tend une main ouverte devant Sorayah.
–          Fais le pacte avec moi, Sorayah…

Elle tend la sienne.
–          Le démon connaît ton nom !!!

Karine est sortie de derrière son miroir. Elle surgit de derrière une colonne tout près d’eux. Elle hurle :
–          Lui donne pas ton âme Yayah !!! Cerbère te laissera plus jamais sortir des enfers ! Tu seras damnée !

Sorayah reprend sa main comme si elle s’était pris une décharge. Sitry a un sourire mauvais :
–          Dis moi Yayah, qu’est-ce qui est juste ? La damnation pour toi ou une éternité de souffrance pour ton frère innocent ?

Sorayah se mord les lèvres. Perdue.

Sitry s’écrie :
–          La voie à prendre a la clarté d’un rayon de lune qui pénètre un cachot ! Mais tu refuses d’ouvrir les yeux !

Sitry chante un sort. Les mots claquent comme les mâchoires d’un serpent. Il fait un geste vers le miroir. La glace ouvre une fenêtre sur un autre enfer. Une cité gigantesque et noire apparaît. Tout n’est que grincements et cris. Des machines superbes, bleues comme la terre vue de l’espace, infligent des supplices terribles à des hommes hurlant pitié. Des démons écartèlent, brûlent, découpent et recousent des milliers d’hommes prisonniers de fosses surpeuplées. Tous les démons ont plusieurs cornes au front. La force qu’ils dégagent est sans commune mesure avec le ver que Sorayah a vaincu. Certains semblent plus forts que Sitry lui-même.

Et au milieu de cet enfer, un monstre de ténèbres est assis sur son trône. Il a trois têtes, des pattes et un abdomen d’araignée qui a trop bouffée. La lumière de ses grappes d’yeux balaie son monde avec délectation. Son regard se tourne vers une forme, si petite qu’elle est presque invisible. C’est un petit garçon. L’enfant est suspendu au dessus d’une fosse remplie de démons dégoûtants de bave et de sang noir. Les bêtes se grimpent dessus et se bouffent les unes les autres pour atteindre le garçon. Ses bras écartelés tressaillent à chaque courant d’air créé par les mâchoires qui claquent. Mais rien d’autre. Ylan ne relève pas les jambes pour les éviter. Il ne se débat pas… Sorayah perd son souffle.

Sitry gronde :
–          Regarde le cinquième cercle et son roi… Que feras-tu devant lui ? Je te vois, seule et brisée comme un agneau au sacrifice. Je vois ton frère perdre son dernier espoir. Je te vois lui infliger son plus cruel tourment…

Mais Sorayah ne voit que son petit frère à portée de main. La vision est si réelle… Comme si le miroir était une fenêtre ouverte… Elle bondit dans le cadre. Son buste passe dans le miroir. Elle tend la main au-dessus du vide. Sa peau flambe dans l’air brûlant du cinquième cercle. Elle hurle :

–             YLAANNN !!!!

L’enfant tourne la tête vers elle. Ses yeux entièrement noirs ne cillent pas. Un serpent glisse sur le visage de son frère. Il pénètre son œil, vide.

Baêl lui a arraché les yeux.

Dans le cœur de Sorayah, le désespoir se mue en colère et la colère, en rage. La chaleur de l’enfer se concentre au bout de ses doigts. Des flammes rouges apparaissent dans sa paume. Sorayah hurle :
–          JE VAIS T’TUER, CONNARD !!!!

L’araignée tourne ses têtes dans sa direction. La lumière de ses yeux traverse le miroir et fait rôtir les coussins. Le regard de Baêl s’arrête sur Sitry, qui hurle un mot ancien.

Sorayah est jetée en arrière.

La fenêtre se referme comme une plaie qui cicatrise. Au moment où le trou va se refermer. Une patte noire armée de cinq griffes énormes se glisse dans l’ouverture. Le trou ne peut plus se fermer.

Sitry fait un geste étrange puis il tend ses paumes vers le miroir en chantant un sort. Ses mots sont hachés comme un disque rayé. Le miroir est repoussé en arrière. Il traverse les colonnes, les murs de la salle, la muraille du château. Il est éjecté au loin dans le désert noir.

Sitry attrape les épaules de Sorayah. Ses oreilles de félin sont couchées en arrière.
–          Qu’est ce que tu as fait !? Tu sais ce qui va entrer ?!
–          QU’IL VIENNE !!! S’écrie Sorayah avec rage.

 Je le tuerais et je te tuerais toi aussi. Je tuerais tous les monstres qui me retiennent !

 Sitry reste un instant interdit. Il dit :
–          Tu ne me donneras pas ton âme ?
–          Jamais !!!

Sorayah ouvre la main. Une flamme bleue brûle dans sa paume. Autour d’elle, les coussins s’étiolent comme les graines cotonneuses d’un pissenlit. Les étincelles de lumière volent jusqu’à elle. Sorayah aspire leur énergie. La flamme vire à l’or dans sa paume.
–          Laisse-moi sortir démon !!!

Sitry n’a pas le temps de répondre. Sorayah abat sa main sur le sol.

 Je vais péter tous ces murs !

Sitry hurle de douleur. La pièce prend feu et disparaît.

Le jardin du château apparaît autour de Sorayah. L’herbe se dissout remplacée par le sable noir. Sitry est à genoux dans le sable, le visage dans les mains. Les murailles du château s’effondrent. Les serviteurs de Sitry s’évaporent tandis que les rubis se reforment sur sa tunique. Le démon met une main au sol pour se relever. Ses griffes se crispent dans le sable. Un vent électrique se lève. Les cheveux de Sorayah se dressent sur sa tête. Sa jupe bat ses cuisses. Le sel noir forme des tourbillons. Sitry relève la tête. Une brûlure lui mange la moitié du visage. Il gronde :
–          Tu m’as frappé…

Il a un regard farouche. Méfiant et rageur à la fois. Triste et blessé aussi. La colère de Sorayah retombe.

Mais c’est l’araignée que je voulais brûler

–          Je suis désolée… Dit-elle. J’aimerais vraiment me battre avec toi. Mais je peux pas te donner mon âme comme ça. J’ai peut-être une chance de le tuer sans ça.

Sitry reprend le contrôle de son apparence. La blessure sur son visage se soigne. Il se met debout et lui jette un sourire dédaigneux :
–          Non, tu n’en as aucune.

Un froid passe sur le cœur de Sorayah. Une ombre noire remplit le ciel blanc.

Quelque chose approche.

Sitry ferme les yeux. Il lève les mains en l’air. Il chante un sort. Un immense sceaux d’or apparaît au dessus de leurs têtes. Une pierre enflammée tombe sur le bouclier. Puis deux. Une pluie ardente s’abat dans le désert de sel. Les braises dégagent une fumée noire en brûlant. Le brouillard noir envahit le désert. L’air devient irrespirable. Karine crache ses poumons. Sorayah sent ses forces diminuer. Galadriel met sa manche devant son nez. Elle s’agrippe à la lampe à son cou pour reprendre des forces. Karine serre le sac à dos contre elle. L’ombre-rune reprend sa forme de chien loup. La bête gémit et s’appuie sur Karine pour se dresser sur ses pattes arrière. Mais le brouillard noir atteint bientôt le museau du pauvre animal.

Une tempête de flammes appraît dans le désert. Elle se dirige droit vers eux. Un cri fou résonne :
–          A GENOUX OU JE T’ETRIPPE PUTAIN D’IFRIT !!!

Sorayah se glace :
–          C’est Baêl ?
–          Non, répond Sitry. C’est son chien. Ce pourri d’araignée a bouffé trop d’âmes pour monter jusqu’ici.

Sitry ferme les yeux. Il prononce une incantation. Les mots ont la légèreté du vent. Une bulle dorée se forme autour d’eux.

La tempête s’arrête nette. Un cri retentit :
–          NE TE CACHE PAS !!!!

Sitry attrape la main de Sorayah. Sa main est chaude dans la sienne.
–          Suis-moi. Dit-il.

Un souffle d’espoir gonfle la poitrine de Sorayah :
–          Tu viens avec moi ?

Il sourit d’un air triste :
–          Je ne peux pas laisser mon Silmarils s’envoler. Je t’ai attendue mille ans…

Il est si sérieux, si grave.

–          Je m’envolerais pas Sitry !

Il ajoute d’un ton froid :
–          Ne te méprends pas ! Je ne suis pas ton allié. Je te suivrais comme une ombre et je serais là quand tu t’écrouleras. Je serais là quand tu perdras ton dernier espoir et tu me donneras ton âme !


A suivre roman gratuit: épisode 12. Les âmes regrettent, le reflet du présent

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Commentaire sur l’histoire:
Bon je crois que la compagnie est au complet là! On va pouvoir avancer dans l’histoire. Le mauvais caractère de Sorayah ressort beaucoup ici ^-^ J’ai fait exprès d’en faire une grosse racaille. Je sais que cela ne la rend pas très sympathique mais en commençant cette histoire, je me suis dis que les petites orphelines fragiles, blondes et mignonnes ne survivraient pas longtemps en enfer…


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