Pour Mumia Abu Jamal: Des larmes de diamant

Poème pour Mumia Abu Jamal, écrivain noir emprisonné aux Etats-Unis depuis 33 ans

La Mort en Fleur par Mumia Abu Jamal
La Mort en Fleurs recueil de textes de Mumia Abu Jamal

Pour toi voix des sans voix
J’aimerais pleurer des larmes de diamant
Pour dans ce monde où seul règne l’argent
Pouvoir acheter, ta liberté

A toi flamme de vie
Je te donne cette étincelle que j’ai toujours gardé si précieusement
Je te dédie ce rêve d’un avenir meilleur
Je te dédie cet espoir qui jamais ne s’éteindra
Je ne le permettrai pas

A toi qui connaît la difficulté qu’il y a à s’exprimer
Mais qui le fait

A toi qui toujours se battra
A ce sourire que j’aimerai découvrir
Autrement que par papier interposé

De ces murs que je voudrai détruire
De cette dictature que je ne peux fuir
Tel un animal acculé, forcé de se retourner pour lutter

De ce système, de cette haine
Par quelque étrange alchimie, par quelque magie
Je ferai un monde à ton image
Rêve de vie, rêve d’ esprit
Sécher mes larmes, je ne le puis

Sache que l’humidité de mes yeux coule
Pour un espoir de victoire
Qui croit, grandi, en toi, en moi
En l’ humanité que je ne peux abandonner
Aux mains de cette triste cabale, incarnation du mal

Démon que je briserai
Transformerai
Pour ce faire, je n’ ai que mes deux mains
Mais demain…

Commentaire:
Et bien demain, rien du tout.… Lire la suite

Poème: Les pantins

des boeufs tire une charrue dans une terre sèche deafrique ou d'inde. Un homme lutte autant qu'eux pour pousser la charrue
© Sarangib

« Chante moi la série du nombre 2 que je l’apprenne aujourd’hui »
« Deux bœufs attelés à une coque, ils tirent, ils vont expirer, voyez la merveille… »
Tradition orale des druides

Jusqu’à la mort, tirer, traîner
Sous le mors, sentir sa peau se craqueler
Offrir sa vie en sacrifice
Pour notre monde en perdition
Et le monstre en dehors se hisse
Hors de l’espace des sensations

Lorsque l’anathème s’y abattu
Par son poids de haine submergea l’univers
Recouvrant la vérité même, le ciel et la terre
La vérité se tue, l’intensité se chut

Seule en leur travail substitua la volonté
Malgré crocs et pourriture acérée
Avide de dévorer…

Telle une île au relief strié d’écueils
Doux fractals que l’air recueille
Au fur et à mesure que l’eau décroît
Et s’échappe par la bonde qu’un enfant tira
Par curiosité, enflammée
Ou simple naïveté, libérée

La mort, la vie, complexité
Ersatz de beauté
Art et créativité
Semblant d’éternité
Piètre béton armé

Comme un enfant s’endort au mieux
Entouré de tendres, doux oreillers
Mais ils ne remplacent ou si peu
Une mère de tendresse, de douceur, lovée

L’homme s’attaque à l’infini,
Le démantèle et l’écartèle
Sur l’autel, la roue de notre folie
S’imagine avoir tout compris

Et ce pantin qui n’a ni âme, ni sang
De tailler, assembler, malaxer
D’emprisonner, l’eau, l’atome, le vent
Pour nourrir de sombres entités

Et l’être perdu, au soir contemple
Ses créations deviennent son temple
Le resteront jusqu’à sa mort
Celui qui, pour la vie, broie tout effort

Celle la même qu’il a renié
Pris d’une odieuse témérité
Il croit transparaître l’infini
Mais n’est que pris de jalousie
Car jamais ses mains n’éclairent les étoiles
Et elles seules peuvent déchirer le voile
Mais il n’ose plus y tourner son regard
Pour sa médiocrité simplement y voir

S’il ne lui reste qu’un sourire
Il pourrait l’offrir à son ire
Et enfin tout retrouver
A jamais pardonné.… Lire la suite

Poème : Gris, Noir, Blanc

une route droite et vide qui conduit dans le brouillard, terne
©JayMantri Pixabay

 

L’imagination se meurt de persécutions

Bande grise parcourue d’un fin ruban blanc
Etendue stérile qui s’allonge à l’infini
Mais ai-je le droit d’entrevoir, percevoir
Un zeste de couleur, malheur

Gris, noir, blanc, et de temps en temps une tâche rouge couleur de sang

Gris, noir, blanc
Froid si froid, logique subtile, espoir puérile
Rien qu’une file sans faille sans méandre, rectiligne

Gris, noir, blanc
Fuite en avant
Ne te retourne pas, rien autour de toi
Trace tout droit

Gris, noir, blanc
Marche sans fin que je finis à genoux
Dignité brisée, rêves estropiés
Regardez donc ce que vous avez fait
Monde sans couleur sans saveur

Il a disparu, le doré qui illuminait mon visage
Le vert qui berçait ma vision
Le bleu pur du ciel n’est plus que fumée azotée
Même l’argenté est terni

Votre or ne brille pas, il éteint

Ce cœur se rappelle la couleur, la saveur
Vert, orange rouge, rien ne bouge
Mon esprit jamais n’oublie que tous n’ont pas obéis
Et de ce corps ressort le goût du sucré, acidulé
Mon âme encore s’envole

Eau plate ou limonade ?… Lire la suite