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Bilan relecture: Bien connaître ses personnages

250px-Notre_Dame_de_Paris_Victor_Hugo_Manuscrit_1« Un drame naît avec toutes ses scènes […] Votre drame est né boiteux? Croyez-moi, ne lui mettez pas de jambe de bois. »
Victor Hugo (1832) – Note à Notre-Dame de Paris

Plus que 10 jours avant la deadline du concours « Prix littéraire du nouveau talent ». J’ai choisi de présenter Mira la bataille de l’eau. Un roman de science-fiction, vu que c’est la seule littérature de l’imaginaire autorisée par ce concours allergique aux loup-garous et aux elfes. De plus, le thème de cette année, le courage, collait parfaitement. Cette histoire je l’ai écrite il y a un an, en l’espace d’un mois, sans me poser de questions. Aujourd’hui, je la ressors des cartons. Bilan? 30 jours de réécriture et de galère !

Ci-dessous, une petite analyse des problèmes identifiés: 1. scénario, 2. vérité, 3. morale et à la fin, la solution testée: la méthode d’Elizabeth George qui axe tout sur les personnages.

Problème 1 : Le scénario

Mira, la bataille de l’eau, c’est l’histoire de Pashka, une jeune et jolie « nanny » chargée de donner les premiers soins à des soldats devenus fous et pour cela, elle utilise son « Mira », un pouvoir psychique. Dans le futur, les armes, les drones et les exosquelettes sont obsolètes, c’est le pouvoir de l’esprit qui permet de gagner une guerre. L’histoire se passe au Canada et mon héroïne est Québécoise (je vivais à Montréal à l’époque ^^).

Pashka héroine de mira la bataille de l'eau
©Geralt-Pixabay

Cette histoire était prévue pour être une nouvelle, donc, basée sur une chute. Le synopsis était construit dans la seule intention de mener à cette scène de fin qui montre l’horreur de l’utilisation des enfants soldats. Tout l’univers de mira est basé sur ce dilemme : seuls les enfants et les adolescents possèdent un pouvoir. Mais dès le chapitre 3, l’histoire a divergé. Je n’ai plus respecté le synopsis.  J’étais inspirée et je me suis laissée portée.  Aujourd’hui, je paie.

Tout d’abord, intention louable, j’avais décidé de réunir plusieurs figurants en un seul personnage secondaire : Michael. Or, dès le chapitre deux, cet idiot est tombé désespérément amoureux de Pashka. Au fil des pages, je l’ai observé se battre ou désespérer de la conquérir. Je lisais beaucoup trop de shojos mangas à l’époque (je passais mes journées à l’O-taku Manga Lounge). J’ai également eu envie d’en dire plus sur les pouvoirs miras et de montrer l’entraînement de Pashka. Là, c’est un relent de mon amour immodéré pour les shonen.

Bref, j’ai transformé une nouvelle hyper sérieuse en un roman un peu léger qui part dans tous les sens. L’action est concentrée à la fin, et pendant les deux tiers du livre, on a une espèce de huis clos théâtral qui n’avance pas. C’est le premier problème de cette histoire, qui je l’avoue, n’a pas été résolu. Tant pis, me suis-je dit,  voyons si ça mord ou si j’aurais dû suivre la méthode bien connue de la « rising action ». Je suis dans ma phase rebelle.

Problème 2 : La vérité

Alors que je venais de finir d’intégrer mes dernières corrections au premier jet, que j’estimais que l’histoire était prête à envoyer à des beta lecteurs… J’ai vu un reportage sur le trafic de réfugiés érythréens et les camps de la torture. … J’ai pris une claque. J’ai compris que sans faire attention, je traitais de la torture. C’est n’est qu’une scène dans tout le roman, mais… un sacré problème se posait.

Pendant la rédaction, j’avais eu la grande idée de rajouter des scènes romantico-érotiques en me disant, ça se vendra mieux. Je le dis en toute franchise, c’était juste pour la vente, et peut-être aussi parce que ce genre de choses ça arrive entre hommes et femmes. C’était une erreur. Pour Michael, pourquoi pas, mais pour le deuxième choix du triangle amoureux là, j’arrive pas à comprendre mon héroïne. Elle devrait vraiment mais vraiment le détester. Et si elle ne le déteste pas d’instinct (il faudrait être tordue), elle devrait s’y forcer rationnellement.

Problème 3 : Responsabilité morale de l’écrivain

Que des hommes, face à la torture, réagissent en se disant que c’est un mal nécessaire, pourquoi pas. J’ai interrogé mes personnages principaux, victimes, bourreaux et observateurs impartiaux. Chacun a sa vision de la chose, sa façon de s’accommoder à ça, que ce soit par nécessité (Aksel), en se déresponsabilisant (Dario), en entrant dans un protocole (le docteur) ou simplement par l’acceptation du monde tel qu’il est (Michaël).

Mais une femme!? Une femme ne peut pas pardonner ça, elle ne peut pas laisser faire ça. Ce n’est pas une vérité universelle sortie d’un livre d’anthropologie, c’est un postulat. Je refuse de croire qu’une femme puisse pardonner ça. Je refuse de montrer une femme qui pardonne ça.

Pour Edgar Morin, théoricien du cinéma, selon l’analyse de Chiara Simonigh, une histoire sert à interroger le spectateur via sa projection dans des personnages et des système de pensées différents. Mais il faut se méfier de l’humanisation à outrance des esprits criminels, car ce processus d’identification peut faire accepter sans critique leurs codes et systèmes de pensées. Ce qui manque au personnage du «Parrain», manque aussi à notre société : l’exemple d’un autre système de pensée, contredisant les adages où « si tu n’es pas le bourreau, tu es la victime », où « la fin justifie les moyens », où « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». C’est ma grande théorie sur le mal de notre siècle: il manque un paradigme féminin à la société. Le Yang pour équilibrer le Yin. Donc je refuse que Pashka accepte ça.

La solution: Au-delà des fiches de personnages

Un an plus tard, j’ai décidé de prendre le problème à bras de corps car je DOIS finir cette histoire. J’ai décidé d’apporter plus de crédibilité à mes personnages et à aménager le scénario en fonction de leurs réelles réactions. Pour ce faire,  j’ai passé 10 jours à faire des fiches  sur le modèle d’Elizabeth George dans Mes secrets d’écrivain:

  1. J’ai fait les habituelles descriptions physiques et morales de chaque perso.
  2.  J’ai couché sur le papier la backstory complète de chacun.
  3. J’ai fait des recherches sur les troubles psychologiques liés à certains traumatismes et tenté de les traduire en comportements.
  4. Je me suis ensuite lâchée en écriture automatique pour tenter de tout comprendre d’eux, sans savoir ce qui en sortirait.
  5. Enfin, j’ai fait, pour chaque perso, un long synopsis de l’histoire en rentrant dans la peau de chacun, toujours en écriture automatique. J’ai traité six personnages et je regrette de ne pas en avoir fait plus, même les figurants peuvent nous surprendre.

Le bilan?  Superbe méthode mais qui arrive trop tard, dans une situation de stress non créative. Certes, j’ai compris des choses,  changé quelques réactions, amélioré mes dialogues, réagencé des scènes, écrit de nouveaux passages, supprimé d’autres. Mais j’ai perdu tellement de temps, je crois que je n’arriverai sûrement pas à finir le roman à temps. Et le résultat sera toujours un peu bancal, boiteux comme dirait Victor Hugo et un s’y connaissait en matière d’histoires boiteuses ^^. J’ai quand même créé une Fiche Personnage pour mes futures histoires. Bref, je conseille le livre d’Elizabeth George (un article à venir) mais pas à ce stade final de la réécriture, plutôt en amont de l’histoire, avant même d’attaquer l’intrigue, comme elle le préconise.

Et je suis là à vous raconter tout ça à J-10 avant la fin du concours, et au chapitre 8 sur 20. Mais j’avais besoin d’évacuer et de proscrastiner 😉 Si vous avez des conseils, des remarques n’hésitez pas à les laisser en commentaires, merci! ^-^


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